Di sak na pou di

Egoïsme-altruisme : conjonction des opposés ?

Témoignages.re / 7 novembre 2016

Egoïsme-altruisme : conjonction des opposés ?

Une lecture trop influencée par des préjugés entravant une étude plus attentive de Darwin, si l’on se fie à Patrick Tort, aura fait que la lutte du plus fort sur le faible et sa survivance au détriment de ce dernier aura conquis bien des cerveaux, au détriment de l’autre réalité évolutionniste de l’homme (et apparemment touchant d’autre espèces, voir Luc-Alain Giraldeau, 2016), nous serions aussi soucieux de notre voisin, en pouvant même risquer notre vie pour lui porter secours. On pensera évidemment aux pompiers, aux militaires au Mali, aux policiers dans les quartiers « sensibles »… La liste est longue.

Le biologiste Richard Dawkins aura eu une part d’influence sur cette tendance hégémonique à vouloir affirmer dans son ouvrage : « Le gène égoïste » (1976), une « vérité » qui ne serait que partielle. Selon sa vision, « nous serions des robots programmés à l’aveugle pour préserver les molécules égoïstes connues sous le nom de gènes et les propager ». En France, nous avons Henri Atlan notamment, qui fut invité par l’université de la Réunion, pour développer une thèse opposée selon laquelle nous ne serions pas programmés de façon aussi fixiste et rédhibitoire que cela. Ouf ! C’est la fin du tout génétique.

Enfin, dans cette optique, une antithèse est venue nuancer cette hégémonie idéologique du « gène égoïste » avec la publication de l’ouvrage « Le gène généreux Pour un darwinisme coopératif » (2009) de Joan Roughgarden (née en 1952) professeur à Stanford, spécialiste d’écologie comportementale. Dans sa théorie de l’évolution par la « sélection naturelle », Darwin a ajouté un second processus, qu’il baptise « sélection sexuelle ». D’abord pensé pour expliquer les caractères exubérants des mâles, comme la queue du paon, ce concept a, par extension, servi à définir des rôles sexuels stéréotypés, le mâle devant conquérir et la femelle pouvant choisir. Appliquée à l’espèce humaine, cette théorie de la « sélection sexuelle » a pu servir d’explication (voire de justification) du viol, de l’infidélité ou de la pornographie. Joan Roughgarden rejette ce modèle en s’appuyant sur les faits accumulés par la biologie. Il existe, par exemple, des espèces où c’est la femelle qui est combative, colorée, et le mâle qui s’occupe des soins aux petits. On compte en outre chez les animaux des comportements homosexuels, des individus transgenres, et des espèces où cohabitent plus de deux « genres ».

Les explications post-darwiniennes en termes de sélection sexuelle se sont inspirées également du paradigme du « gène égoïste » où dans la nature tout ne serait que conflit, égoïsme, profit. Contre cette image d’une guerre des sexes généralisée, Roughgarden propose une alternative qu’elle appelle « sélection sociale », mettant en avant le travail d’équipe et la coopération entre les partenaires… L’altruisme.

Conjonction des opposés ? : Ma dernière fille (11 ans) étudie actuellement dans son collège, « La belle et la bête ».

Frédéric Paulus, CEVOI