Di sak na pou di

Enfants de la Creuse : la mauvaise foi de l’État

Témoignages.re / 25 juin 2005

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Selon les informations données par les médias locaux, dans l’affaire dite des "enfants de la Creuse", le commissaire du gouvernement impute au "Département" la responsabilité de l’opération de "placement" en cause. Pour avoir assisté personnellement à de nombreuses séances du Conseil général à partir de la fin des années soixante, il me semble qu’à l’époque c’était bel et bien le Préfet, représentant de l’État qui avait la responsabilité de l’exécutif du Département et la haute main sur les services techniques. Au point, qu’au fil des séances, il m’était apparu que le Conseil général, assemblée délibérante, ressemblait plus à une chambre d’enregistrement qu’à une assemblée dotée de réels pouvoirs. Les rapports étaient préparés par les services techniques (Préfecture, DASS, DDE, DDA,...), étudiés en commission et votés en assemblée générale avec d’éventuels petits amendements. Dans les faits, le Préfet, et par conséquent l’État, tranchait et décidait en toute autorité pour ne pas dire en tout arbitraire. Une position d’autant plus facile à tenir pour le Préfet que le budget départemental était très largement alimenté par des contributions de l’État. Par la suite, les lois Deferre ont considérablement modifié la donne et le Conseil général a pu assumer toutes ses responsabilités.
Dans le cas des "enfants de la Creuse", c’est bel et bien sous la responsabilité du Préfet (par délégation, en langage administratif) que le service de l’Aide sociale a déterminé les critères de choix des enfants et de leur mobilité. Il est peu probable qu’on retrouve dans les archives du Conseil général une seule délibération fixant de façon précise et détaillée les critères de "migration" des Réunionnais. En revanche, la politique d’émigration vers la métropole, dans un sens très général et global, a toujours été approuvée par le Conseil général (BUMIDOM). Mais de là à la mettre en œuvre selon les modalités utilisées pour les "enfants de la Creuse", il y a un pas que le Préfet a franchi sur les injonctions directes - mais invisibles - de Paris... Michel Debré en l’occurrence. Lequel Michel Debré a certes fait beaucoup de choses positives pour notre île, mais a aussi fait des choses moins positives : rien jamais totalement bénéfique, ni totalement néfaste.
Nier la responsabilité de l’État dans cette affaire pour la rejeter sur les "lampistes" est une injure supplémentaire à celles et ceux qui ont eu à souffrir de cette "mobilité". N’est-ce pas le même Debré qui, au milieu des années soixante-dix déclarait dans une émission de télévision retransmise depuis Paris que la France manquait de bébés, puis cinq minutes plus tard, dans une émission locale que La Réunion en faisait trop... le tout couronné par l’affirmation de l’appartenance de La Réunion à la France ? Au demeurant, l’homme avait le sens des responsabilités et il ne s’est jamais caché de sa volonté d’envoyer le plus possible de Réunionnais vers la métropole. À la limite, dénier cette responsabilité à l’État c’est attenter à la mémoire de Michel Debré.

Charles Durand,
Le Brûlé - Saint-Denis.