Un vestige de la société esclavagiste est en train de tomber
11 juin, parCourrier des lecteurs
25 février 2014

D’autres l’ont dit avant moi : « le changement, c’est maintenant » ! « Par rapport à 2008, c’est l’émergence claire et nette d’une parole citoyenne, à côté de celle omniprésente des élus renouvelables et pas forcément renouvelés. Cette parole est celle de citoyens conscientisés, qui n’ont pas peur de dire que l’élu n’est pas sa source nourricière, mais au mieux le préservateur et l’organisateur de la capacité de s’autoalimenter. S’il n’était pas là, ils pourraient subsister sans lui, car ils sont autonomes.
Ces Maires qui seront élus ne sont pas les pères ou les mères de leurs « administrés » (mot magique) mais leurs fils et frères. Et c’est grâce à eux qu’ils le deviendront.
Le nombre de citoyens qui s’expriment est considérable (à considérer…). D’abord par le nombre des « petits » candidats (comme si le fait d’apparaître sur la scène politique était le fait des petits, sans grades !) et de citoyens extraordinaires qui n’ont jamais eu peur de dire leur mot, ou qui n’ont plus peur aujourd’hui de quelconques représailles. Et ce qu’ils disent vole au-dessus des espèces envahissantes semées depuis des décennies dans les consciences.
Si l’on prend les paroles les plus récentes, citons Albert Ramassamy décrivant l’élu « magicien qui fait croire qu’il chassera les effluves d’un égout avec un grain d’encens »…
Stéphane Nicaise à propos des salariés de l’Arast qui lèvent la tête, qui n’ont pas accepté « la soumission », dénonçant « cette féodalité réunionnaise, frein terrible à l’avancée de notre bien être collectif, le Vivre ensemble de notre carte postale »… ou Michel Reynolds invitant nos futurs élus « à réinventer la démocratie délibérative » (pas seulement participative après décision) et un contrôle du pouvoir par « la supervision citoyenne ».
Heureusement donc qu’alors que des candidats nous abreuvent de « la » politique, des citoyens nous nourrissent « de » politique. Cette différence est centrale.
Le moteur de « la » politique, c’est : « qui va finir par l’emporter » ?
Et pour ce faire, on va créer des alliances de toute nature, monter des systèmes opaques, dézinguer des adversaires ou des « traitres », construire au fond le conflit.
C’est une logique de guerre : on se tait tous, et on est tous derrière un seul, on arrête de débattre. S’il y a conflits entre nous, on va les taire et faire taire les trouble-fêtes, tout en contrant ceux qui sont en face. « La politique c’est la relation ami/ennemi » disait le philosophe allemand Karl Schmit. Et on appellerait ça « la politique autrement »…
« Le » politique, c’est se demander ce qu’on serait capable de faire ensemble.
C’est bien avec cette dimension-là qu’on peut imaginer le développement à La Réunion.
Cette idée a été bien développée par Hanna Arendt : « le politique c’est capacité de faire… capacité de faire ensemble… capacité d’initiatives… capacité de mettre en mouvement des choses… Il est de l’ordre de la fondation, il est de l’ordre du commencement ». Contrairement à « la » politique, « le » politique c’est se demander « ce que je peux faire avec celui dont je suis en désaccord ».
Pas simplement pour réduire ce désaccord, mais pour trouver à travers nos désaccords, quelque chose qui soit un but commun. On peut alors commencer à parler de démocratie, c’est-à-dire faire émerger quelque chose qui est de l’ordre du projet et non des catalogues, grands marchés couverts de programmes sans queue ni tête.
Pour cela, il faut multiplier les groupes « chauds », ceux qui n’ont pas peur de braver les vents contraires, tout en respectant et écoutant ceux qui pensent autrement (pensons à l’Ukraine) et des politiques et des institutions qui refroidissent, c’est-à-dire qui aident à reprendre de fond en comble leurs programmes et produits sous vide concoctés en chambre froide, en se mettant autour d’une table de négociation et de délibération avant toute décision. Que ces espaces se multiplient !
Et que les médias restent, après les élections, sur leur lancée d’organisation de débats publics où toutes les différences peuvent s’exprimer jusqu’à la « dispute fraternelle » comme aime dire Rosanvallon, ce qui éviterait les « combats de coqs » que nous avons connus, en excluant du débat public les citoyens, laissant en particulier les petits candidats à la porte des studios.
Alors, tout simplement, en ramassant les bulletins avant d’entrer dans l’isoloir, essayons de trouver celui qui ne va pas faire seulement de « la » politique (car il faut bien que quelqu’un gagne en démocratie) mais celui qui va faire avec nous « du » politique.
Marc Vandewynckele
Courrier des lecteurs
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