Di sak na pou di

Esclavage : le devoir de vérité

Courrier des lecteurs de Témoignages / 22 décembre 2018

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Si l’on considère la longue histoire de l’humanité, nous sommes presque tous descendants d’esclave. Le problème n’est donc pas d’honorer ou de stigmatiser les esclaves, mais de mieux comprendre comment et pourquoi, au sein de la tribu humaine, tous n’avaient pas le même statut, c’est-à-dire le statut d’humain.

À ma connaissance, l’animal humain est le seul à s’être comporté de la sorte. Chez les autres mammifères, en tout cas, l’esclavage au sein d’une même espèce, n’existe pas. Première différence, pas très glorieuse entre les humains et le reste de la création. Mais ce n’est pas tout. L’abolition de l’esclavage est présentée comme une victoire de la civilisation et de la morale. Ce n’est vrai qu’en partie. Si certains intellectuels européens, à un certain moment de notre histoire, ont réalisé l’ignominie de la chose, il faut malheureusement reconnaître que pour imposer cette idée, le combat fut rude. Il est inutile de rappeler que si la révolution française a bien aboli l’esclavage, Napoléon l’a rétabli. Mais il y a plus grave.

Au cours de mes nombreux voyages, j’ai pu consulter différents textes et déclarations officielles concernant la réalité sur le terrain, de cette prétendue abolition. C’est édifiant et peu connu. Victoire civilisationnelle, à voir. Changement complet de mentalité, pas évident du tout. On a vraiment l’impression d’une morale très élastique et qui s’adapte sans vergogne, quel que soient les retournements de situation. Si, en théorie, l’humain n’est plus un animal ou un meuble, la condescendance, le mépris et la domination persiste. Le maître, en toute circonstance, reste maître de la situation. Pour certains, les lois passent comme une goutte d’eau sur une feuille de songe. « Tu n’es plus un meuble, mon ami, ok, pa ni pwoblem, mais ne va pas croire que cela change grand-chose pour toi. Tu es libre, effectivement mais chez moi, tu étais nourri et logé gratuitement. Maintenant, il va falloir payer ta nourriture et ton logement. Comment feras-tu, tu n’as pas d’argent. Tu seras donc obligé de gagner de l’argent et de travailler pour moi si tu ne veux pas mourir de faim ». Et le tour est joué.
C’est quasiment en ces termes que la déclaration de l’abolition de l’esclavage fut proclamé en Guyane. À l’esclavage bestial succède simplement un esclavage auréolé d’un semblant de morale mais le rapport dominant/dominé, quoi qu’on en dise, est peu modifié. A La Réunion, peu de gens savent pourquoi cette fête de l’abolition est célébrée le 20 décembre. Il y a longtemps que Sarda Gariga devait faire sa proclamation officielle mais les propriétaires locaux lui ont demandé d’attendre la fin de la coupe !

Lorsque l’on parle d’esclavage moderne, il faut se méfier. Selon l’ONU, il y aurait effectivement, aujourd’hui encore environ 2,5 millions d’esclaves dans le monde, rapportant aux esclavagistes plus de 20 milliards d’euros par ans. Mais c’est sans compter le rapport de domination, quelquefois insupportable, que subissent plusieurs milliards de salariés. Je ne sais pas s’il y avait beaucoup de suicides parmi les esclaves, il y en a en tout cas de plus en plus parmi les salariés.

Robin D’Aiforais