Un vestige de la société esclavagiste est en train de tomber
11 juin, parCourrier des lecteurs
16 septembre 2010

Quel Dionysien, amoureux de sa ville, ne se serait point réjoui de voir commencer les travaux de restauration de la Grand Case de Boisvilliers, sise au 39 rue de Paris ? Des années durant, on l’avait vue lentement se décrépir dans son jardin aux plantes exubérantes, se cariater et aller sûrement vers sa ruine.
Aussi fut-ce un soulagement lorsqu’en 1996, la maison fut inscrite à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques : elle était enfin protégée et allait pouvoir renaître dans tout son éclat, transfigurée et pourtant identique à elle-même.
Certes nous apprîmes en 2009 qu’elle devait devenir un hôtel, certes la loi autorisait quelques modifications ; sans doute des améliorations étaient-elles nécessaires, mais nous pensions que l’essentiel serait sauvegardé ! Monument historique, sa reconstruction respecterait l’Histoire…
Hélas ! Force nous est de constater que lesdites modifications tolérées par la loi sont rapidement devenues des transformations radicales :
- d’abord, la distribution intérieure n’a plus grand-chose à voir avec l’ancienne et les propriétaires d’autrefois auraient du mal à s’y retrouver ;
- la charpente a certes été refaite en bois dur avec tenons et mortaises comme le veut la tradition, mais tant au rez-de-chaussée qu’à l’étage, les espacements entre les poutres ont été comblés avec une sorte d’agrégat qui ne correspond absolument pas au mode constructif historique ;
- pour les cloisons, fin du fin du respect de l’Histoire, on a utilisé… du placo !?! Or, traditionnellement, une charpente de case créole est en général recouverte à l’intérieur comme à l’extérieur (cloisons et soufflage) de deux parois de bois. C’est ce qui a été fait récemment pour la Maison Carrère ; pourquoi ne l’a-t-on pas fait pour la Maison de Boisvilliers ?
- les dépendances à l’arrière ont été démolies sans autre forme de procès pour faire place à une construction surélevée ;
- enfin, la toiture n’est absolument pas semblable à la toiture d’origine.
Et tout cela se fait avec l’approbation de la Conservation des monuments historiques, avec l’aval de la DRAC, avec la bénédiction du délégué à l’Urbanisme de Saint-Denis, l’ineffable Espéret. Tout le monde a couvert l’opération sous le prétexte de sauver la Maison De Boisvilliers. Bravo !
Que restera-t-il de la Maison De Boisvilliers, patrimoine historique, quand la construction sera terminée ? Peu de choses : un portail, deux cocotiers, un frangipanier et, dans ce décor, seul élément authentique de l’ensemble, l’alerte et menue Henria De Boisvilliers à qui nous souhaitons longue vie pour qu’elle puisse longtemps encore témoigner de l’architecture traditionnelle, celle de la maison construite à la fin du XIXème siècle par Alphonse Aubinais.
Robert Gauvin
Au nom du Collectif pour la défense du patrimoine réunionnais.
Blog : dpr974.wordpress.com
Courrier des lecteurs
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