Le sens des responsabilités
10 juin, parNote de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
2 mars 2007

Evidemment, certains diront qu’avec des “si” on mettrait Paris en bouteille, ou autre chose encore. Mais tout de même, on est en droit de se poser des questions après le passage de Gamède et au vu des dégâts qu’il a occasionnés.
Oui, si au lieu de frôler La Réunion à quelque 200 km par le Nord et environ 250 par l’Ouest, le météore s’était rapproché jusqu’à quelques dizaines de kilomètres seulement ?
Et si, ce cyclone, exceptionnel par son diamètre - de l’ordre, a-t-on dit de 1.500 km - au lieu de produire des vents de l’ordre de 200 km/h autour de son centre, avait produit des vents de 250 km/h, voire davantage ? Les vents du cyclone Gervaise, à l’Ile Maurice, avaient été enregistrés à... 327 km/h ! Ceux du cyclone de 1948 avaient, quant à eux, atteint presque 400 km/h. Ceux de Jenny n’étaient pas mals non plus. Comme ceux d’autres qui ont suivi.
Alors, que se serait-il passé ? A l’époque, il n’était nullement question de réchauffement climatique. Aujourd’hui, si on prend en compte ce phénomène, Gamède n’a, en soi, rien d’exceptionnel... sauf pour l’avenir.
La crue de La Rivière des Galets n’a, en soi, par rapport à ces cyclones, rien d’exceptionnel. Pas plus d’ailleurs que celle de la Rivière Saint-Etienne. Pas plus exceptionnel, en tous cas, que les crues qui ont emporté à l’époque les deux ponts de chemin de fer.
La houle, aussi importante qu’elle a pu être - notamment par le fait qu’elle ait duré plus de 24 heures - n’a, en soi, rien d’exceptionnel par rapport à ce que La Réunion a connu lors de précédents cyclones. N’oublions tout de même pas qu’en 1948, la mer avait envahi la gare de Saint-Denis, était allée même au-delà, après avoir renversé les wagons qui se trouvaient sur la voie ferrée. A Saint-Paul, la mer était arrivée jusqu’à la rue Marius-Ary Leblond et même au-delà (1). La houle du cyclone Jenny a fait un peu moins puisqu’elle s’est contentée d’arriver près de la mairie seulement (2).
La houle venue s’attaquer au Barachois n’a, en soi, rien d’exceptionnel quand on se souvient qu’il existait au même endroit : le pont du Barachois, rasé par la mer ; l’ouvrage “d’art” construit face à la Préfecture, disloqué par la mer, puis rasé ; l’ancien port, bouché par la mer et enfoui sous le boulodrome. Ce qui a d’exceptionnel, en revanche, c’est qu’on ait voulu, en pleine saison cyclonique, installer une plateforme en pleine mer, presque à l’embouchure de la rivière... on connaît la suite. Ce qui a de plus exceptionnel encore, c’est qu’on veuille construire là la plus belle plage, artificielle, de La Réunion, voire de l’Océan Indien !
Ce qui a d’exceptionnel à Saint-Paul, c’est qu’on ait voulu construire des boxes de pêcheurs - dont un au moins n’a jamais servi - jusque sur la plage, alors que tout Saint-paulois sait que, lors des cyclones, la mer enlève tout le sable de la plage, laquelle se reconstitue dans les mois qui suivent. C’est la même chose à Saint-Gilles où on a détourné la ravine Saint-Gilles dans l’actuel port, pour obtenir une plage et faire des constructions au bord de l’eau !
A Saint-Paul, toujours il existait des dunes sur le bord de mer, entre l’ancienne gare - là où se trouve le marché forain - et le cimetière marin. Un peu comme cela existe encore au-delà du marché forain, mais moins haut probablement ; sur ces dunes, il y avait des lianes de patates à Durand et autres végétations ; dunes et végétation “amortissaient” le choc des vagues avant que les eaux s’étalent ensuite de l’autre côté sans conséquences graves (3). Ce qui a d’exceptionnel, c’est qu’on ait rasé ces dunes, tout aplani, pour construire les cases que l’on voit. Et, pour toute protection, on a planté une demi-douzaine de rangées de filaos qui, une après l’autre, a été emportée par la mer ! Aujourd’hui, la mer vient lécher le mur d’enceinte et même pénétrer dans les cours, et jusque dans les cases...
La mer, toujours en 1948, est entrée, à Saint-Paul, dans le cimetière marin, à Saint-Denis dans celui des volontaires et a attaqué l’enceinte du cimetière actuel. Sans oublier qu’à Saint-Leu elle a presque rejoint les eaux des ravines.
Au fond, ce qui a vraiment d’exceptionnel, ce n’est pas, en soi, ce cyclone, c’est qu’à La Réunion, comme me disait une demoiselle respectable de Saint-Paul, « nu veut embarre la mer d’un côté et cale la ravine de l’autre ». Les exemples ne manquent pas à travers l’île.
En parler aujourd’hui est une histoire d’anciens combattants, de dinosaures. Pour ne pas dire de vieux c..., non ? Oui. Sauf que les vieux ponts construits il y a un siècle ou plus semblent mieux tenir que les ouvrages d’arts modernes construits avec les moyens techniques d’avant-garde, par des techniciens de haut vol (d’Air France !), sur les conseils “éclairés” d’une armée de zamonteurs qu’il ne faut jamais contredire. Ce qui est loin d’être rassurant pour l’avenir.
Georges-Marie Lépinay
(1) Nous habitions alors dans la rue du Port (actuellement Rhin et Danube), juste face à la maison Verguin. Dans la nuit, mon père est sorti pour porter secours à des personnes. Il est entré dans le commerce qui fait l’angle avec la rue Marius-Ary Leblond, qui n’était pas alors surélevée. Il m’a toujours dit que là, il avait eu l’eau (de mer) à la ceinture.
(2) Mon beau-père qui habitait derrière la mairie a eu, à cette occasion, la surprise de sa vie en voyant la mer arriver sous sa fenêtre qui donne sur la rue, puis s’en aller un peu plus loin, jusqu’au coin, près de la mairie.
(3) Il y a deux ou trois ans, je me trouvais au cimetière marin, en compagnie d’un membre éminent de l’église qui connaissait bien cet espace de la Baie, pour y être venu à maintes reprises passer ses vacances chez son grand-père qui habitait dans le coin. Nous causions. Lorsque, brusquement, me désignant le début du lotissement, il me dit : « Dire que ces c... là ont trouvé le moyen de détruire les dunes qu’il y avait là... Il est à craindre qu’un jour, la nature ne reprenne ses droits. Tu verras... ».
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