Di sak na pou di

« Et si le cerveau était bête ? »

Frédéric Paulus / 21 août 2019

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La Revue « Science et Vie », N° 1223, de ce mois d’août 2019, titre en première page : « Théorie de la bêtise, l’intelligence n’est qu’une illusion ». La revue, réputée pour véhiculer des informations pertinentes et étayées, réalise un reportage autour de l’ouvrage de Nick Chater : « Et si le cerveau était bête ? » (1). Surprenant, cet auteur ! Il nous fait ici convoquer les images de « la mouche du coche » ou « du poil à gratter ». Des scientifiques pensent peut-être avoir décroché le Graal, serait-ce en laboratoire, ou être sur le point de…, après avoir exploré un bout de la complexité humaine.

Ou alors, cette revue qui nous habitue, en principe, à des analyses fondées, se serait-elle trompée, séduite par la force de persuasion de cet auteur ? Ou peut-être la pertinence de ses analyses ?
Nick Chater est surprenant en effet par ses capacités de critique. En matière de neurosciences et sciences cognitives, ou de psychiatrie et encore de psychanalyse, il semble douter de tout. Pour lui, par exemple, « la psychologie devrait rejoindre le champ des arts et des humanités », p. 63. Déconnectée des sciences du vivant, enseignée en lettres et sciences humaines, cette critique devrait se justifier…
Il nous faut dans notre culture des personnes comme lui qui font l’effort d’étayer leurs recherches. Je ne lui donnerai ni tort, ni raison, car ses déductions me semblent devoir être prises en considération. Cependant, il termine son livre en continuant à penser que le cerveau est « bête » d’une façon très curieuse, disant, je le cite : Si l’esprit est « plat » (de « bête », l’esprit émergeant du cerveau devient « plat »), « nous avons, dit-il, le pouvoir d’imaginer un avenir passionnant et de faire en sorte qu’il se réalise », dernière phrase du livre page 365.
Parfois, une étude vous fait changer d’avis. Apparemment, il n’en est rien pour cet auteur !

Au regard des pages précédentes, cette conclusion étonnante ne débouche sur aucune proposition d’un nouvel imaginaire, alors qu’il remet sans cesse en cause le traitement inconscient de l’information par le cerveau. Cet organe (« bête ») induirait, selon Nick Chater, des traitements qui véhiculent des redondances et des conditionnements de la pensée, des motivations trompeuses et des désirs teintés d’illusions, fonctionnant à notre insu. Nulle part je ne retrouve une référence à l’histoire d’Homo Sapiens (encore moins Sapiens) selon une vision darwinienne et maintenant post-darwinienne, ce qui manque vraisemblablement à l’auteur pourtant anglais du pays de Darwin. Le grand philosophe des sciences Patrick Tort, directeur du dictionnaire sur le darwinisme, Chater ne doit pas le connaître. Des auteurs qui me servent de point d’appui, tels Henri Laborit, Francesco Varela, Isabelle Mansuy, Miroslav Radman, Antonio Damasio, Alain Berthoz, Fostino Cordon, Frédéric Thomas, Jean-Pascal Capp, etc., ne figurent pas dans sa bibliographie et certainement pas le psychanalyste suisse Carl Gustav Jung.
Dans un prochain courrier nous proposons que les esprits des scientifiques occidentaux auraient majoritairement tellement dissocié le vivant qu’ils ne peuvent pas, ou difficilement, envisager par exemple la conscience de soi, point nodal selon nous, autrement que par la démarche de visualisation des aires essentiellement cérébrales supposées en rendre compte.

Il nous faudra suggérer un décentrage des cerveaux qui pour nous sont prodigieusement intelligents liés structurellement au corps, d’ailleurs avant même que les cerveaux aient émergé. Le neuro-embryologiste Alain Prochiantz dira avec l’humour qu’on lui connaît : qu’il « réfléchit aussi avec ses pieds ».
Nous envisagerons un décentrage de la vision ethnocentrique de bon nombre de scientifiques occidentaux, dont Nick Chater, qui pensent, implicitement ou explicitement, qu’ils se seraient fourvoyés dans leurs approches et conclusions.
Nous inaugurerons ce décentrage avec la thèse de la philosophe et praticienne d’enseignement du yoga tibétain Sandy Hinzelin, auteure d’un ouvrage qui nous renseigne sur la « nature du Bouddha » (2) et nécessairement sur la nature de la conscience, l’objectif étant de tenter une rencontre entre l’objectivisme occidental et l’intuition métaphysique orientale.
Réf :
(1) Et si le cerveau était bête ?, Plon, 2018.
(2) Tous les êtres sont des Bouddhas, Le Prunier SULLY, 2018, voir aussi : https://www.youtube.com/watch  ? v=X3NVMqLrSoQ

Frédéric Paulus, CEVOI La Réunion – Paris