Et si on roulait ...

13 novembre 2008

Je tenais à participer à cette tribune publique afin d’exprimer mon opinion concernant cette grande mascarade qu’est le blocage de nos routes.
Contrairement à ce qu’annonce Joël Mongin, ce mouvement n’a pas pour but de faire baisser le prix de l’essence pour nous tous. Les revendications des professionnels de la route sont claires, ils veulent une baisse de 20 centimes d’euros/litre pour eux, et uniquement pour eux. Or le prix du carburant est élevé pour tous les Réunionnais. Dans ce cas, il vaut mieux une baisse des prix à la pompe pour tout le monde plutôt que de privilégier une seule catégorie professionnelle. Il s’agit simplement de justice sociale, d’égalité et de solidarité. En effet, il est normal de faire preuve de solidarité surtout en temps de crise. Il est faux de penser que ces bloqueurs de routes se battent pour nous, ils ne pensent qu’à eux. Ne nous laissons pas abuser par la force de leur mouvement. Comment peut-on être solidaire d’une prise d’otages ? Vendredi 7 novembre, alors que les forces de l’ordre protégeaient l’accès à l’hôtel de Région, il était possible d’entendre le bouillonnant Antillais leur demander : « Vous voulez la guerre ? ». Monsieur Mongin se croit à la tête d’une armée de camions. Il n’est donc pas surprenant d’entendre certains bloqueurs dire qu’ils attendent "les ordres". Encore une fois ne nous laissons pas manipuler par un homme dont la mégalomanie et l’hystérie ne font qu’alimenter le conflit.

Les attaques ciblent essentiellement la Région, ce qui a pour but de raviver certains sentiments anti-Vergès. Tout cela c’est de la poudre aux yeux, il s’agit de faire diversion pour nous empêcher de voir la réalité en face : le blocage des routes n’est pas légitime. De plus, il est important de signaler que c’est le préfet qui fixe le prix du carburant et non la Région. La baisse des taxes sur le carburant, perçues par la Région équivaudrait à une baisse de ses investissements. Or certains projets sont vitaux pour la Réunion, parmi lesquels la route des Tamarins. Vous savez cette route qui permettra (espérons-le) de désengorger une grosse partie du réseau routier, et qui donc favorisera la vie économique de notre île. Je pense que les transporteurs seront heureux de pouvoir l’emprunter ... au pire ça leur fera une autre route à bloquer ! Je ne veux pas me faire l’avocat de nos élus régionaux, qui ont voté à l’unanimité (ce qui est rare) pour une baisse du prix du carburant pour toute la population et pour plus de transparence dans la formation de ces prix. Je veux juste faire appel au bon sens et à la raison.

On ne peut être solidaire d’un tel mouvement qui complique la vie des gens qui subissent tout autant si ce n’est plus les effets de la crise économique actuelle. Il n’est pas légitime d’empêcher les gens de travailler, je pense notamment aux travailleurs indépendants, aux artisans qui voient leurs fourgons bloqués aux barrages. Pour eux aussi le carburant est trop élevé. Mais je pense aussi à tous ceux qui mettent des heures pour rejoindre leur travail et qui le soir doivent subir à nouveau cette action. Gaspiller des litres d’essence dans les bouchons à cause d’un mouvement qui réclame une baisse du prix du carburant, cela défie toute logique ! A noter que les camions immobilisés eux ne consomment pas. Comme souvent c’est la majorité qui doit payer. Ce mouvement n’est pas légitime car non démocratique. Il s’agit d’un coup de force (certes très bien organisé). A aucun moment on nous a demandé de nous mobiliser pour une grande action demandant la baisse du prix du carburant. On ne nous demande pas notre avis, ce blocage des routes nous est imposé, et ceci ne doit pas être toléré. Pour faire en sorte que tout cela passe bien auprès de la population, Mongin et ses amis tentent de nous faire croire qu’ils agissent au nom de tous. Mensonge.

Je tiens enfin à signaler mon étonnement quant à la gestion du blocage routier par les représentants de l’autorité de l’Etat. Certes le préfet est dans son rôle lorsqu’il organise des négociations ayant pour but la fin du conflit. Il l’est moins lorsqu’il pointe du doigt maladroitement la Région (des élus), reprenant ainsi l’argument des bloqueurs de route. Je voudrais également que nous nous interrogions sur la notion d’ordre public. Il est du devoir du préfet de maintenir l’ordre public. N’est-ce pas un trouble public que de bloquer et de contrôler arbitrairement les routes de la Réunion ? Il m’est arrivé de voir les autorités beaucoup plus présentes et beaucoup plus fermes sur les routes. Il suffit de se faire contrôler par un radar avec un excès de vitesse de 9 km/h pour avoir une amende, il en est de même pour un stationnement gênant. Où est cette fermeté de l’Etat face au blocage des routes ? Si stationner des camions sur les routes n’est pas équivalent à la notion de stationnement gênant, il faut m’expliquer. Pouvoir rouler sur les routes est un droit pour tous, en contrepartie l’Etat élabore des règles (le code de la route) visant à organiser le réseau routier. Nous nous soumettons à ces règles. En échange, j’estime qu’il est du devoir de l’Etat de garantir une bonne circulation sur son territoire.

Je suis fondamentalement pour le droit de grève et pour que chacun puisse s’exprimer librement. Mais nous ne pouvons accepter et comprendre ce mouvement, et surtout de telles méthodes. Ce coup de force d’une minorité se fait aux dépens du plus grand nombre. Ne nous laissons pas berner par quelques agitateurs égoïstes. Réfléchissons un peu, prenons un peu de recul et faisons preuves de sagesse. Ce mouvement ne peut durer, nous ne pouvons ni ne devons soutenir de telles actions. Si les transporteurs obtiennent gain de cause, ils seront quoi faire à la prochaine flambée des prix du pétrole. La situation actuelle est difficile pour la majorité d’entre nous, pas seulement pour Mr Mongin, d’ailleurs je ne pense pas qu’il soit à plaindre.

F.F


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Témoignages - 82e année


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