... et un rapport cocotier de plus !... Un !

27 mars 2007

A vouloir à tout prix “éviter la caricature”, “abandonner l’image de “danseuses de la République” qui colle (tant) à l’image de l’Outre-mer” français, tout en se gardant de parler des “avantages cocotiers”, Jean Pierre Brand, le député-maire de Montreuil et membre de la commission des finances de l’Assemblée nationale, en mission sur la “surémunération” des fonctionnaires, semble s’y être englué. Ce doivent être les effets conjugués du soleil, de la mer et des cocotiers ! A moins qu’il s’agisse d’autre chose encore. Le résultat, en tout cas, est là : un rapport “cocotier” de plus à ranger aux archives de l’assemblée nationale !

Manifestement, la révolution, dans ce domaine, n’est pas pour demain ! Car, à la lecture de la présentation faite devant la commission comme à celle du rapport lui-même, le maître mot, c’est qu’il ne faut pas bouger le bateau : doucement le matin, pas trop vite l’après midi, surtout sur des sujets réputés sensibles et en cette période sensible elle aussi. Mieux vaut la pêche aux voix qu’aux noix de coco... sur la tête ! Même le président de la commission, Pierre Méhaignerie, pourfendeur des fonctionnaires outre-mer, se la joue douce : « les conclusions du rapporteur, met-il en garde, n’engage pas l’ensemble de la commission ». Et de préconiser, « la mise en place, lors de la prochaine législature d’un groupe d’étude » pour se pencher sur cette question car il faut « prendre en compte la complexité des situations locales et dépasser les clivages politiques ». Ce qui va dans le sens du rapporteur, qui, lui, estime que « sur la base des observations des observatoires des prix (créés dans chaque territoire), un observatoire national pourrait se réunir, par exemple sur un rythme quinquennal (sic) pour proposer des adaptations des compléments de rémunération ». Et ce, d’autant que c’est seulement « sur la base du maintien du pouvoir d’achat des fonctionnaires (qu’)il est possible d’imaginer une baisse des coefficients de majorations de traitement. »

Quelle prudence de serpent ! Le “train de sénateur” semble ici parfaitement s’appliquer à cette commission. Car, au rythme d’une réunion de la commission nationale par législature, on n’est pas sorti de l’auberge ! Fallait-il vraiment une “mission” pour cela ?

On notera tout de même le rôle de cheval de Troie dévolu aux “observatoires des prix”.

Ce rapport, en tout cas, embrasse tout l’outre-mer. Il n’empêche que le rapporteur s’est contenté d’une visite coup de vent à la Guadeloupe, Saint-Martin, La Réunion, la Nouvelle Calédonie et Tahiti. Certes, il ne saurait être question d’exiger qu’il aille interviewer les manchots des TAAF (encore qu’on ne sait jamais, avec les pingouins qui y sévissent !), mais tout de même ! Les autres, connaît pas. Il est vrai que, comme pour autre chose, quand on en a vu deux, on les connaît tous. Sauf qu’en la matière, le “tous pareils” ne peut s’appliquer : il y a pratiquement autant de situations qu’il y a de territoires. Ce que reconnaît implicitement le rapporteur lorsqu’il estime, avec son président, que « ce dossier ne peut être abordé sans tenir compte de la situation de chaque département ou collectivité d’outre-mer qui subissent, à des degrés divers, une crise économique ».

Ce rapport ne se résume certes pas à cela, mais même lorsqu’il dénonce les « monopoles et oligopoles » qui sévissent et encaissent des “marges incroyables”, il se limite à la seule distribution, ajoutant que « le prix des produits locaux est calé sur celui des importations », alors que c’est tout le contraire.

A noter enfin, la sollicitude toute particulière à l’égard des « fonctionnaires des DOM installés en métropole (qui) bénéficient d’un dispositif de congé bonifié dont l’ampleur ne se justifie plus ». Considérant que « cet état de fait constitue une discrimination à l’embauche » dont seraient victimes ces fonctionnaires, il conviendrait donc de le supprimer... en attendant de “s’occuper” des autres.

Cela étant, sachons gré au rapporteur de nous avoir permis d’enrichir notre vocabulaire : nous connaissions les “missionnaires boeing”, nous connaissons maintenant les “rapports cocotiers”.

Georges-Marie Lépinay


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