Fermez les yeux, Monseigneur !

18 septembre 2008

Nombre de fidèles vouent une dévotion toute particulière à Saint-Expédit
(Photo Bbj)

La paroisse de la Délivrance célèbre ces jours-ci avec faste les 150 ans de son église. Celle-ci s’enorgueillit de figurer à l’inventaire des monuments historiques, à la fois pour son architecture, sa décoration intérieure et les nombreuses statues qui ornent sa nef. Une de ces statues attire invinciblement l’attention : la profusion de bougies et de fleurs qui l’entourent témoigne de la particulière dévotion des fidèles à l’égard du saint qu’elle est censée représenter : Saint-Expédit.

Le problème, c’est que Saint-Expédit, à l’égal de Saint-Glinglin ou de Ste-Nitouche, est bien connu des hagiographes - ces historiens spécialistes de la vie des saints - pour n’avoir jamais existé. Sa réputation usurpée résulte d’un jeu de mots : expedit est en latin la troisième personne du singulier du verbe expedio au présent, lequel signifie "faire vite". Pour les esprits simplets du haut Moyen-Age, prier Saint-Expédit offrait l’assurance d’être promptement exaucé. Le saint était, comment dire ?... expéditif !

L’Eglise a longtemps toléré cette superstition, qui était loin d’être unique en son genre. Et puis vint Jean XXIII, ce grand Pape réformateur qui, au début des années 1960, comprit la nécessité de mettre un peu d’ordre dans les affaires de l’Eglise. Il eut l’honnêteté d’éliminer sans pitié tous les saints imaginaires qui encombraient le calendrier. Saint-Expédit faisait partie du lot.
Cela dit, il est bien connu qu’un saint n’a pas besoin d’avoir existé pour accorder des grâces. Combien de Réunionnais vous diront qu’ils ont obtenu leur guérison, ou celle d’un être cher, après avoir prié Saint-Expédit ? On comprend donc que le brave curé de la Délivrance ait choisi de tenir pour nulle et non avenue la recommandation du Pape Jean XXIII.

On le comprend d’autant mieux que, au-dessous de la statue, il a pris soin de placer un tronc, dans lequel de nombreux fidèles glissent, qui une pièce, qui un billet, en remerciement pour les grâces obtenues. Or, le tronc ne déborde jamais ! Preuve que le saint, tout imaginaire qu’il soit, passe régulièrement récupérer les offrandes.
Alors, Monseigneur, fermez les yeux !

Daniel Lallemand


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