Un vestige de la société esclavagiste est en train de tomber
11 juin, parCourrier des lecteurs
12 avril 2013

Il y a peu de temps, à propos de réflexions sur le rôle de “Témoignages” et sur la liberté de la presse, je soulignais le fait que celle-ci, bien au-delà de sa dimension administrative et juridique, reste avant tout une question économique et financière, tout au moins dans le système politique qui est le nôtre. Le jugement qui vient d’être rendu en première instance dans l’affaire opposant Mme Bello à « Témoignages » vient l’illustrer une fois de plus si besoin en était.
Sans doute la loi interdit-elle de commenter un jugement, tout comme elle est censée protéger d’autres aspects de l’action judiciaire (cf le fameux secret de l’instruction) ; dans le même ordre d’idées, il sera, au passage très instructif de constater quelles suites seront données aux commentaires proférés à l’intention du juge chargé de l’instruction de l’affaire Bettencourt… Toujours est-il que, dans la suite d’une longue tradition historique largement illustrée, en France en particulier, sous le Second Empire, le meilleur moyen de faire taire un journal consiste à le frapper au tiroir-caisse !
Chacun aura son opinion sur les propos incriminés et reprochés à “Témoignages”. D’autres avant moi ont déjà exprimé, ici, leur sentiment. Mais le moins que l’on puise dire c’est que pour certains, le traitement public de cette affaire aura manqué de sérénité. Déjà, au niveau de la défense des intérêts de Mme Bello et de l’attitude de certaine télévision : avant même la venue en audience, on attendait avec beaucoup d’impatience sinon de gourmandise à quelle sauce allait être mangé “Témoignages”. À entendre son avocate, Mme Bello aurait eu affaire à travers le journal, et même si les mots n’étaient pas prononcés, avec une bande d’individus sans foi ni loi. Il suffit de réécouter ses propos pour mesurer que l’implicite ne l’était plus guère ! Et, dans sa présentation du verdict au JT du mardi 9 avril, on était loin de la retenue attendue d’un avocat.
En outre, le journaliste de Réunion 1ère commentant la séquence a cru pouvoir y aller aussi de son coup de pied de l’âne, estimant que la condamnation de "Témoignages" n’allait pas arranger les comptes d’un organe de presse « officiellement » (souligné par nous) en difficultés financières. Les mots ayant un sens parfois lourd de sous-entendus et ne pouvant être prononcés innocemment, que voilà un commentaire ambigu dans le contexte de la situation du journal.
Que cela tend-il, en effet, à signifier ? Que “Témoignages” crierait indûment au secours et abuserait de la bonne foi des Réunionnais et des communistes en particulier ? Que, dans ces conditions, la Justice peut y aller allègrement : "Témoignages" serait "plein aux as" et il n’y a aucune raison de lui faire un tant soit peu grâce ! Le journal aurait largement les moyens de passer à la caisse sans risquer de couler corps et biens !...
Que penser encore de ce qui ressemble à un boycott, dont semble systématiquement l’objet le PCR de la part d’une partie de la presse plus précisément radiotélévisée ? À ma connaissance, pour prendre un exemple très récent, nul écho n’a été donné de la conférence de presse du PCR de ce mardi 9 avril. Les Réunionnais n’ont sans doute pas besoin de savoir ce qu’il propose en s’adressant au Ministre de l’Outre-mer !
Tous ces problèmes m’ont remis en mémoire une réflexion de Michel Rocard à mon avis très riche de sens, à méditer par chacun, à commencer par nous communistes : « La liberté de la presse se traduit par une sorte de licence destructrice de nos régulations sociales et politiques. Il faut retrouver une déontologie du dit sur le pouvoir, un code de conduite civique qui guide autant le commentaire que l’action. La loi ni l’autorité n’y pourront rien, c’est une conscience commune qu’il faut créer. » [1](souligné par nous)
Jean-Paul Ciret
Courrier des lecteurs
Mézami , néna par-la dë somenn in sèrtin prézidan zétazini la di dann in konféranss de press li lé dakor pou ashté bannzil chagos mé sa sé in (…)
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