Fraude électorale à La Réunion !

15 mars 2008

J’avais 30 ans, la campagne électorale se déroulait dans la violence. Il fallait avoir beaucoup de courage pour être candidat. Le risque de se faire frapper, de se faire tuer, était présent. Le courage, il fallait aussi l’avoir pour aller voter. C’était un parcours de combattant. Les nervis étaient présents partout sur la route, dans les mairies. Ils avaient une attitude méprisante. Ils faisaient peur... Ainsi beaucoup d’électeurs préféraient rester chez eux. L’élection ? Pas de débat. Une seule télévision. Il y avait que deux quotidiens. La plupart du temps, les élections étaient truquées. L’administration fermait les yeux. Les candidats étaient désignés l’avance avec l’assurance d’être élus. Les démocrates, des hommes de bonne volonté, ne pouvaient pas vivre constamment cette situation. Ils ont mis en place une association, loi 1901, l’A.D.N.O.E (Association pour le Déroulement Normal des Opérations Electorales). Le code électoral entre les mains, les membres de l’association, le faisaient appliquer dans chaque bureau de vote, tout au long de la journée jusqu’au dépouillement. Ils faisaient en sorte que « des petites poules ne sortaient pas des petits canards ».
L’association multipliait les démarches auprès de Paris, dénonçant la fraude à grande échelle... Et il fallut attendre 1974, à la mort de Georges Pompidou, Président de la République, pour que les choses changent. Alain Poher, Président de la République par intérim, Président du Sénat, a envoyé trente magistrats, répartis dans chaque ville de l’île, avec une lettre du Président, disant qu’il sanctionnerait toutes les fraudes. Les résultats furent au-delà de toute espérance.
Et, au fil des années, la fraude disparut à La Réunion. Ce fut une victoire pour la démocratie.

Marc Kichenapanaïdou


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Témoignages - 82e année


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