Géranium et Vétiver Bourbon, parfums des Hauts

20 novembre 2007

“Dans une vie antérieure”, voilà plus de vingt ans, je fus distillateur ou plutôt contemplateur de la distillation du Géranium Bourbon en Petite France, observant notre Vieux Tangue toujours en mouvement entre la pose de fours à géranium, des cuves et chapiteaux. Quel plaisir subtil de voir le planteur avec sa boite vide de sardine à l’huile Robert regarder l’œil (le bon œil) de l’huile essentiel pour connaître avant l’heure le rendement de la distillation ! Jacques Lougnon avec ses colons ne pratiquaient pas le système à moitié (le métayage). Il ne collectait qu’un tiers, si ce n’est qu’un quart. Cette collecte ne couvrait pas les frais d’entretien, d’adduction d’eau, de réparation des chemins, etc.
Sur ma petite propriété d’alors qui avait un alambic (j’étais présent chaque week-end), un travailleur me proposa de mettre en valeur le terrain pour y faire des distillations. Les conditions furent... quelques patates douces ou haricots le samedi et la récole totale (des cuits) pour le planteur... De ma fenêtre, le matin, j’avais plaisir à voir un champ bien entretenu. Le jeune planteur, très sérieux, a tenu le coup près de quatre ans, puis un jour il disparu et le terrain à ma grande tristesse retourna en jachère. Même avec une totale gratuité, point de travailleurs, car le système social (et de l’assistance) était passé par là et le rendement n’est pas suffisant pour fixer un bon travailleur.
Voilà la réalité du terrain, les législateurs et les collectivités dans leur volonté de bien faire au lieu de mettre en place un soutien sensé et mesuré à la production, à une production qui apporte une plus value touristique et identitaire exceptionnelle, on a préféré au fil des années voir progressivement se déliter le réseau socio-économique des Hauts (cela ne remettant pas en cause le bien fondé de la solidarité sociale, mais de son mode de fonctionnement).
À l’heure où, tenez-vous bien, la dernière récolte de Vétiver Bourbon est de... 24 kilos... rappelons-nous qu’en 1898, La Réunion exporta 16.3 tonnes de géranium et de vétiver. Soixante-dix ans après, en 1968 (année exceptionnelle), La Réunion exporta 177.8 tonnes de géranium rosat. Dans mes petites marches exploratrices, j’avais découvert, dans les hauts de la Ravine Laforge, des lieux de plantation de plantes à parfum, en des lieux enclavés et difficiles d’accès. Quel courage ont eu ces planteurs des Hauts et ces défricheurs de raisins marrons ! Bien peu leur ont rendu hommage. Aussi, aujourd’hui, ne devrions-nous pas réfléchir sur les causes de nos échecs successifs : le thé, le tabac, le vétiver pour que les Hauts retrouvent leur charme et le dynamisme ancien ?... Arriverons-nous à sauver le géranium ? Nous avons un des meilleurs terroirs du monde et notre production a toujours été achetée au prix fort... quelles sont les solutions pour qu’un développement harmonieux et efficace puisse voir le jour ?... Là aussi, une réflexion collective ne devrait-elle pas s’imposer ?

Christian Vittori


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Témoignages - 82e année


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