La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
1er octobre 2010

1er octobre 2009, inscription du maloya sur la liste UNESCO du patrimoine immatériel. Cela n’est pas tombé du ciel. Si l’équipe scientifique et culturelle de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise n’avait pas préparé un dossier de candidature, relayé ensuite par l’État français, l’assemblée des États membres de l’UNESCO, réunie à Dubaï, n’aurait pas inscrit cette pratique culturelle réunionnaise sur la liste représentative. Il ne faudrait pas l’oublier.
Ainsi cet héritage de l’esclavage et de l’engagisme, cette création populaire transmise avec ferveur de génération en génération, ce trésor réunionnais est désormais reconnu comme trésor de l’Humanité. Il a acquis une valeur universelle.
Et pourtant, on peut avoir l’impression que les “Pitons, cirques et remparts”, dont la beauté a été reconnue cette année, ont suscité des réactions plus enthousiastes, en tout cas plus nombreuses, parfois même tapageuses.
Serait-il plus facile, à La Réunion, de s’extasier devant la nature que de s’enthousiasmer de sa culture ? Qu’est-ce qui, dans l’histoire de cette île, réprime encore la fierté légitime de la créativité d’un peuple ?
Certes, la somptuosité de paysages uniques et sublimes est un bon argument « commercial » et la relation avec le tourisme n’a pas manqué d’être soulignée. Mais cette terre a été habitée par des femmes, des hommes, des enfants qui l’ont fécondée de leur sueur et, souvent, de leur sang. Et dans leur misère et leurs souffrances, ils ont maintenu leur humanité en transmettant et en enrichissant l’héritage de leurs ancêtres. Ils n’ont pas fait que subir, ils ont inventé, ils ont créé.
C’est pourquoi nous ne devons pas séparer la nature de la culture ; nous ne devons pas séparer la terre réunionnaise de son peuple, unis l’un et à l’autre par le temps, le labeur et l’amour. René Robert, qui a beaucoup travaillé sur le dossier “Pitons, cirques et remparts”, a bien montré comment le paysage s’inscrit dans l’histoire et la culture. Dans la langue française le terme “rempart”, désigne une muraille, une enceinte fortifiée, donc construite par les hommes. Ici, les Réunionnais ont baptisé ces impressionnantes parois rocheuses, sculptées par la nature, de remparts (ou “ranpar”). C’est une création linguistique créole. Faut-il également rappeler que les cirques et les pitons ont accueilli les Marrons dans leur résistance à l’esclavage ? Les noms, malgaches le plus souvent, racontent cette épopée.
Deux années de suite, l’UNESCO a reconnu la valeur de la culture réunionnaise et des paysages de l’île. Une même fierté doit accueillir cette double valorisation, sans jamais oublier celles et ceux qui en ont eu l’initiative.
Brigitte Croisier
Rapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
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