Di sak na pou di

Grand Raid et coronavirus : La Réunion n’est pas un terrain de jeux

Yves Daniel Thebault / 9 septembre 2020

Le Grand raid ne pourra sans doute pas se tenir face au danger de propagation du COVID dans notre île. 5000 coureurs sont attendus selon les organisateurs, dont 2500 de l’hexagone et d’ailleurs. On conçoit que les fervents de trail soient inquiets et seraient déçus si cet événement était annulé cette année. Pourtant l’intérêt général de la population devrait passer avant celui des sportifs de montagne et de leurs fans…

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Cependant, les propos du Dr. Mahias, “patron” de tout le service médical du Grand Raid, tenus dans son interview au JIR de hier matin, me semblent outrageants : « Si on n’arrive même plus à organiser 1 ultra trail, on fait quoi ? On arrête de vivre ? On pleure en attendant la mort ? C’est vraiment ça la vie que vous voulez ? »… Des propos suivis de commentaires dignes des éditos de J. Tilliers, la brosse à reluire pour les naïfs en sus : « C’est 1 défi tout à fait acceptable.(…) Et si on y arrive on prouvera encore que la Réunion réussit à faire de grandes choses qui ne sont pas faites ailleurs ! » La rhétorique du boufftangue, en somme, classique chez les sympathisants de Trump ou de Bolsanaro, qui équivaut à dire « on est les meilleurs, pourquoi faire tant de chichis ? »

Personnellement je ne sais pas si les risques de cette pandémie sont réels ou surestimés… tant d’avis contradictoires me laissent perplexe et désorienté… Mais je crois qu’on ne joue pas avec la santé des gens. Et qu’il y a bien d’autres sujets sérieux à traiter dans ce pays, des sujets qui mériteraient beaucoup plus d’attention de la part des autorités comme d’une population qu’on maintient dans l’ignorance et que l’on distrait à bon compte pour la tenir tranquille, les aides sociales (et les privilèges de certaines couches de la population) aidant…

Juste une remarque : Les zorey dont faisaient partie mon père lorsque celui-ci a obtenu sa mutation en 1964 comme enseignant ne venaient pas pour utiliser ce pays pour y passer du bon temps : ils y venaient dans un esprit de coopération et dans le respect des habitants, de leur culture et de leur sensibilité. Jamais il ne leur serait venu à l’esprit de jouer avec la santé de la population, juste pour se faire plaisir… ou pour faire les matamores !

Il semblerait que 50 ans plus tard, certains se croient aujourd’hui « chez eux » à La Réunion, au point de se sentir autorisés à faire fi des recommandations de l’OMS… 2 époques, 2 mondes différents ! Pas étonnant que certains Réunionnais, fatigués de certains comportements hautains et arrogants de certains arrivants et révoltés par de nombreuses injustices et autres passe-droits, ruent dans les brancards.!

Des Reunionnais injustement catalogués comme “racistes”, d’ailleurs, par les nouveaux colons, au nom d’une République réactionnaire, celle-là même qui s’est construite sur l’écrasement de la Commune de Paris, il y a 150 ans… et à laquelle se réfère le sieur Macron. Non, définitivement, bien qu’originaires du même pays, nous n’appartenons pas au même camp !

En tout état de cause, je pense qu’il devrait appartenir au peuple réunionnais de trancher cette question (de savoir s’il faut tenir ce Grand Raid ou non), et non au représentant de l’État français, le Préfet : c’est en effet l’occasion ou jamais de mettre en place un référendum d’initiative citoyenne consultatif et décisionnel,… n’est-ce pas, mes amis Gilets Jaunes de La Réunion ?

Yves Daniel Thebault