Hadjee Amode Patel : figure marquante et regrettée de Saint-Pierre

4 septembre 2007

Celui qui avait atteint un âge avancé et qui, pour autant, n’en demeurait pas un fidèle exemplaire de l’aube jusqu’au début de la nuit, très attaché à la Mosquée de Saint-Pierre, s’est éteint hier (mercredi dernier - NDLR).
S’il laisse derrière lui une descendance nombreuse et si pour bon nombre de ceux qui l’ont connu, l’émotion et la tristesse habitent leurs cœurs par la nouvelle de sa disparition, la Mosquée de Saint-Pierre a perdu au passage un peu de son éclat.
En effet, comme ces quelques rares “moussallis” (accomplissant la prière en congrégation) qui sont l’essence même de la véritable beauté des Mosquées, leurs âmes pleurent lorsque l’un de leurs plus fidèles visiteurs part à la rencontre de la face de Son Seigneur.
Hadjee Amode Patel, cet homme respectable et respecté, se rendait à la Mosquée 5 fois par jour comme les enseignements islamiques l’exigent du musulman, et qu’il pleuve, vente ou qu’il fasse soleil, allant jusqu’à se faire conduire bien qu’étant malade ou convalescent.
Pour lui, l’Heure a retenti à la veille d’un Vendredi, moment béni par excellence et forcément choisi pour ce serviteur peu commun de Dieu, qui plus est dans le courant d’un mois sacré pour le croyant musulman.
Celui qui a travaillé sa vie durant, qui a été de celles et de ceux qui ont été à l’origine de la formidable aventure du transport en commun sur l’île, n’en n’était pas moins un homme cultivé.
Son grand âge expliquait certainement ces difficultés à entendre, mais son agilité d’esprit et sa lucidité, quant à elles, étaient restées intactes, pour ne pas dire que sa vision des choses, des gens et de l’existence sur Terre respirait la vérité.
Il fut pour beaucoup un ami et il eut l’occasion de voir beaucoup d’entre eux partir doucement ou subitement vers sa véritable demeure pour toujours.
Ouvert sur le monde, il aimait être entouré des siens sans pour autant s’attacher à ces mondanités qui distraient l’Homme et lui font trop souvent oublier ce Bas-Monde et cette vie de travail, de luttes et d’affrontement souvent, d’amour et de partage quelques fois, de pleurs et de rires aussi, il savait que tout cela s’inscrivait bel et bien dans le règne de l’éphémère.
Lui qui n’ignorait pas que la vie n’était qu’un voyage et qu’il fallait préparer celle de l’Au-delà, il s’était attelé à la tâche, et sa ferveur était telle qu’il n’usait pas de l’excuse de la vieillesse pour s’extraire des offices religieux particulièrement longs lors du mois sacrificiel du Ramadan.
Il ne fait pas l’ombre d’un doute que Hadjee Amode Patel a répondu sans crainte à ce rendez-vous obligé pour chacun d’entre nous, car ses nombreux actes de solidarité et ses prières seront seuls, à présent, ses plus fidèles compagnons et sa plus belle réussite.
Pour notre salut, que sa vie soit pour nous une source d’inspiration intarissable et que ses proches soient assurés qu’il faisait partie de ceux qui ont aspiré à l’agrément de leur Seigneur plutôt qu’à une quelconque reconnaissance de la société.


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