Halte au racisme

3 avril 2009

Vendredi soir, lors d’une soirée avec l’un de mes meilleurs amis, je suis tombé nez à nez avec ce que je reproche le plus à mes concitoyens. La Réunion est une île multiculturelle. Elle s’est peuplée au fil des années, grâce aux arrivées successives de migrants venus de tous pays. D’ailleurs, le premier vrai Réunionnais était un métropolitain du nom de “Louis Payen“, venu à La Réunion avec une douzaine de malgaches. D’autre part, le métissage qui caractérise notre île ne nous permet pas de laisser place au racisme dans nos cœurs.
Or, le problème, c’est, justement, que ce racisme existe bel et bien. Et il est bien plus fort que ce que l’on croit. Nous sommes tous coupable, car d’une certaine façon, en nous taisant, nous cautionnons ce qui se passe. Combien de murs, combien de trottoirs, combien de bâtiments sont maculés de ces horreurs « malgache dehors », « comore dehors », « zoreil dehors », « zarab dehors »….?
Déjà révoltant dans le quotidien, ce genre de propos devient carrément insupportable lorsque cela prend vie devant vos yeux.
Un de mes meilleurs amis, à La Réunion depuis l’âge de cinq ans, ayant fait toute sa scolarité ici, et qui travaille ici s’est fait injurier d’une manière inacceptable. Sans aucune raison, deux personnes sont venus l’injurier. Très grossiers, ils lui demandaient, en fait, de quitter La Réunion, leur pays.
Mon ami a subi cela de plein fouet. Déjà, il y a deux ans, il avait quitté La Réunion parce qu’il ne pouvait plus supporter ce genre de phrase et de discours. Mais l’amour qu’il a pour cette île l’a fait revenir. Et là, il recommence à en avoir assez. Vous allez me dire que c’est son problème !!!! Sauf que sur une île où soi-disant tout le monde vit en harmonie, qu’il n’y en ait ne serait-ce qu’un seul à se plaindre de racisme, c’est déjà beaucoup trop. Et là, mon ami parle de repartir, de s’enfuir de cette île qui l’a vu grandir et s’épanouir. Aux cris de « zoreil la touille », ou alors de « rentre out pays », les sinistres imbéciles se sont évertués à le mettre hors de lui.
La question nous concerne tous. Car ne rien dire, ne rien faire revient à cautionner ce genre de comportement, et même à les banaliser. D’un point de vue moral, tout cela n’est pas acceptable. Et ne doit pas être tolérer. Nos frères africains, mahorais, comoriens, malgaches… subissent exactement les mêmes ségrégations. Ce qui me rappelle une anecdote.L’autre jour, j’ai pris le bus pour venir à Saint-Denis. A un moment, il y a eu un contrôle des tickets. Un jeune Mahorais n’avait pas payé sa place. Là où un jeune Réunionnais aurait droit à une remontrance, voire à une amende, un des contrôleurs, visiblement fier de lui, n’a pu s’empêcher de dire « créole y paye, et zot, comore, zot y paye pas !!! ». Je veux bien que le jeune soit un resquilleur, et qu’il paye les amendes correspondantes, mais pourquoi lui jeter à la figure son origine ethnique ?!? Je dois bien avouer que cela m’a surpris, et choqué.
Je ne veux donner de leçon à personne. Mais à tous ces gens-là, j’aimerais demander de vérifier l’histoire de leur pays. La Réunion s’est peuplée à coup de migrations successives. Et cela ne nous donne pas le droit d’être raciste envers ceux qui ne nous ressemblent, soi-disant, pas. Car après tout, si on avait fait à nos ancêtres ce que l’on fait aujourd’hui aux « comores », aux « zoreils » et autres soi disant étrangers, je ne suis pas sûr que l’on soit encore ici.
Il en va de même en ce qui concerne la culture réunionnaise. Des grands érudits s’élèvent régulièrement pour nous dire qu’il faut la défendre à tous prix. Qu’il faut tout faire pour la préserver et faire en sorte qu’elle ne se perde pas. C’est, à mon avis, un non sens complet. La culture réunionnaise s’est forgée grâce aux différents apports des différentes ethnies qui sont venues s’installer ici. Pour la préserver, et la faire grandir encore un peu plus, il faudrait plutôt ouvrir les portes encore plus grandes, « ouvrir toutes grandes les fenêtres », et laisser venir et entrer toutes les autres cultures. Car il s’agit bien de cela. S’enrichir de nos différences. La culture réunionnaise s’est toujours construite comme cela. Et elle pourra continuer d’exister comme cela.
C’est pour ces raisons, et pour bien d’autres encore que je rejette le racisme sous toutes ses formes. Et j’ose espérer, modestement, que nous faisons tous la même chose, ce fléau sera banni de nos latitudes.

Bertil Bertrand Reshad


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Messages

  • Est-il réellement nécessaire de s’indigner des propos de deux crétins ? Lutter contre le racisme, oui, bien entendu. Lutter contre deux imbéciles me paraît être du temps perdu. Enfin, naît-on "raciste" (j’allais écrire "crétin") ? Je ne le crois pas. Alors, ce qui me paraît le plus important, il faut répondre à la question : pourquoi et comment certains s’enfoncent-ils dans le racisme ? Comment et pourquoi notre société secrète-t-elle le racisme ?

    13 années d’école (de 3 ans à 16 ans) et au sortir de cette "formation" on a des petits apprentis intolérants ! Je suis enseignant et pose la question : que fait, concrètement, l’école pour lutter contre l’intolérance. Que fait la société, lorsqu’elle exclut sans appel, lorsqu’elle tolère de telles inégalités, qu’instituer un racisme social ? Que fait l’école, lorsqu’elle refuse de se pencher sur l’Histoire de notre île, sinon qu’absoudre et légitimer une violence qui est un crime contre l’humanité et qui fut basée sur la couleur de peau ?

    Cela vaudrait la peine d’y réfléchir sérieusement, sinon l’harmonie continuera de n’être souvent que de façade.

  • il vaudrait mieux le problème dans d’autres termes : qui profite le plus de la Rèunion, départment français, aujourd’hui ? Est-ce que ce sont ceux qui ont défriché cette terre et qui se retrouvent - en tout cas leurs descendants - dans l’exclusion dans les prisons ou encore en exil ? leurs meilleures conditions sont encore les minimas sociaux !!!


Témoignages - 82e année


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