Haro sur les 35 heures !

15 janvier 2008

Depuis que les lois Aubry, fixant la durée légale du temps de travail à 35 heures par semaine au lieu des 39 précédemment, ont été votées par le gouvernement Jospin puis mises en place à partir de l’année 2000, elles ne font que susciter la rancœur voire l’hostilité de tous les gouvernements de droite qui se sont succédé. Mais aucun d’entre eux n’avait osé demander ouvertement leur abrogation, se contentant de vouloir seulement les “assouplir”. En même temps, je n’ai jamais entendu une seule personne prendre la défense de ces lois, toutes reprenant les trois principaux arguments avancés par la droite :
1) elles n’ont pas fait baisser réellement le chômage, ce qui est faux ;
2) elles ont coûté cher, et elles coûtent encore très cher aux finances publiques, donc aux contribuables, ce qui est discutable ;
3) elles ont été décidées par l’Etat sans une vraie concertation, même avec les syndicats, ce qu’il faudrait vérifier.
Comme s’il y avait, et qu’il y a toujours, un véritable consensus sur ce sujet entre ces différents gouvernements et l’opinion en général. Mais, et c’est là pour moi le paradoxe, je n’ai jamais entendu non plus un seul ou une seule bénéficiaire de ces lois, reconnaître de vive voix les avantages qu’il ou elle avait pu en tirer, par exemple consacrer plus de temps à ses enfants ou à sa famille, pouvoir se reposer davantage, s’adonner à certaines activités à la maison ou au dehors, pouvoir pratiquer son sport préféré, faire des sorties culturelles et même voyager, s’investir dans une association... bref trouver un peu plus de temps de loisir ou simplement disposer d’un peu plus de temps de libre pour soi...
Mais profitant de la propagande exercée en permanence sur les esprits pour faire croire à l’inefficacité voire à a nuisance des lois Aubry, Nicolas Sarkozy, comme tant d’autres, avait concentré une large part de ses critiques contre elles, les accusant de tous les maux ou presque qui arrivent au pays et notamment de la dégradation de la vie économique et politique, d’être responsable de l’augmentation du chômage et pourquoi pas de la paresse d’un nombre croissant de Français. Prenant le contre-pied des effets pervers qu’il trouve à ces maudites lois, il exaltait et exalte toujours les vertus du travail, du mérite... et de la compétitivité, moteur du système capitaliste, sans penser un seul instant au partage du travail en solidarité avec ceux qui n’en ont pas ni à la qualité de vie que ces lois peuvent apporter à nombre de salariés. D’où cette idée répandue partout que les Français ne travaillent pas, ou du moins qu’ils ne travaillent pas assez pour faire marcher convenablement l’économie de leur pays, jusqu’à faire ratifier par tous ou presque tous le slogan “travailler plus pour gagner plus”. Vous aurez beau expliquer qu’une majorité de nos compatriotes connaissent des conditions de travail de plus en plus pénibles, que la France détient le record des pays d’Europe pour le nombre d’accidents du travail et de maladies professionnelles, ils ne vous écouteront pas. Cela me fait penser à l’argument que l’on me lançait à la tête quand j’étais sur les bancs du lycée, que les Réunionnais sont par nature des paresseux, ce qui permettait de justifier bon nombre d’ injustices et d’inégalités. Alors que j’avais devant moi, l’image qui m’est toujours restée, des dockers de ma bonne ville du Port de la Pointe des galets, qui s’échinaient sous le soleil à transporter sur leur dos les balles de marchandises, des cales des navires aux magasins et des magasins aux cales des navires !

Georges Benne


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Témoignages - 82e année


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