Hommage à Jean Boyer

15 juin 2007

Je voudrais ici rendre hommage à mon ami Raymond Lauret qui, à travers son billet paru dans “Témoignages” du 5 juin 2007, m’a emmené à “La Recherche du Temps perdu”, en remuant “les cendres du passé”.
En parlant de mon camarade Jean Boyer, qui nous a quittés au week-end de la Fête des Mères, il a soulevé en moi une vague émotionnelle que j’avais du mal à maîtriser.
J’étais culpabilisé, car étant “dans les hauts”, je n’ai pas su que Jean était pari pour l’ultime voyage sans retour.
Et de ce fait, je n’ai pas assisté à ses funérailles. Je présente mes excuses et mes condoléances émues à son épouse Christiane et à toute sa famille.

Jean, je ne pourrais plus discuter avec toi, le dimanche matin, dans cette grande surface où ma femme effectuait ses courses et où nous nous rencontrions au hasard de rayons.
J’ai appris à connaître ce garçon au cœur d’or, sous des dehors bourrus. Il avait un tel sens de l’honneur !
Je me souviens - il y a très longtemps, nous étions jeunes - de ce différend banal qui l’avait opposé à un professeur qui, tout courroucé, avait promis de réunir le Conseil de discipline.
Pourtant, c’était Jean qui avait raison.
À la sortie du soir, j’ai attendu ce professeur à qui j’ai demandé humblement de m’entendre. Il l’a pris de haut et m’a dit : « Je vous accorde 2 minutes ! » sur le ton péremptoire et condescendant du Maître blanc qui s’adresse à un z’arabe la cour. En 1959, nous étions encore “au temps béni des colonies”. Quand, parlant de cette injustice, je lui ai rétorqué : « Monsieur, comment un professeur qui sert de modèle peut-il en 2 minutes sceller le sort d’un jeune de 20 ans qui se destine à l’enseignement ? ».
J’ai senti alors planer un doute par le silence qui s’est instauré. C’était une prise de conscience brutale qui était pour moi de meilleurs augures.
Notre entretien dura plus d’une heure et se termina par :
« Jeune homme, j’aviserai ».
Et plus jamais on n’a parlé de Conseil de discipline...

Jean Boyer est devenu ce pédagogue qui a modelé tant de jeunes qui parlent de leur “Maître d’École" avec beaucoup de respect et d’émotion mal contenue.
Souvenons-nous de la chanson de Brassens : “Les copains d’abord”. Et aussi de Victor Hugo qui disait :
« Évoquer le souvenir de nos morts, c’est les faire survivre ».

Ibrahim Dindar,
La Possession


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Témoignages - 82e année


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