Di sak na pou di

Hommage à la jeunesse

François Maugis / 10 avril 2018

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(en réponse à l’article de Glady V. Moonesawmy dans Le Quotidien du 8/4/2018 « Hommage à Martin Luther King »)

Seule la jeunesse et les adultes qui ont gardé cette fraicheur, sont capables de refaire le Monde. Personne ne me croit, évidemment. A ces incrédules, je rappellerais Gavroche, Cohn Bendit, et surtout le cas emblématique et trop méconnu de Claudette Colvin.

En effet, quelques mois avant la célèbre Rosa Parks, figure emblématique de la lutte contre la ségrégation raciale, cette gamine de 15 ans fut l’étincelle qui déclencha la prise de conscience active des Américains, que cette ségrégation était une ignominie. Elle fut en effet la première personne aux États Unis à refuser de plaider coupable après avoir refusé de céder sa place à un blanc dans le bus. Elle était noire et pauvre. Ce n’est donc que sa propre force de caractère, sa révolte et sa sincérité qui l’ont animée et soutenue tout au long de sa lutte. En fait, Martin Luther King lui doit sa grande victoire contre la justice américaine. Cet incident déclencha en effet une prise de conscience des Afro-américains qui, pendant plus de 380 jours, refusèrent de prendre le bus. C’est après ce boycott soutenu par Martin Luther King, que la Cour Suprême des États Unis déclara que les noirs avaient les mêmes droits que les blancs.

Plus près de nous, au Bangladesh en 1990, Kalpona Akter avait 12 ans quand elle a commencé à travailler dans les usines textiles au salaire de 6 dollars par mois pour 450 heures de travail. À 15 ans, elle tente de former un syndicat et se fait mettre à la porte. En 2001, avec deux autres travailleuses, elle fonde l’important Bangladesh Center for Worker Solidarity.

Il y a donc d’autres moyens que la terreur pour faire reconnaître l’injustice. La révolte pacifique mondiale des étudiants de 1968 fut un relatif échec, mais il n’est pas impossible que cet évènement se renouvelle et si c’était le cas, il reste à souhaiter que cette fois cette révolte aboutisse. Ce serait en tout cas préférable à l’embrasement actuel du monde que nous promet la guerre sans fin des adultes contre le terrorisme et pour l’hégémonie de la planète. L’inégalité et la misère de la moitié du monde est, semble-t-il, un sujet trop sérieux pour qu’il soit confié à des adultes.

 

François-Michel Maugis – La Réunion
Économiste, écrivain et philosophe