Di sak na pou di

Hommage à Maxime Bedeau dit familièrement Grand Mico, le dernier (grand maron ?) Seigneur du Dimitile

Courrier des lecteurs de Témoignages / 8 septembre 2018

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Mort à 81 ans le samedi 1er septembre dernier, né à l’Entre-Deux, il a vécu toute sa vie dans cet environnement de grand maronage comme le dit la toponymie des lieux : Dimitile, le Serré, « Tampon » de l’Entre-Deux, Bras de La Plaine, îlettes du Commandeur, Cicielle (camp de Sicille, lieutenant du roi Laverdure, Ambranle, îlette Maron évidemment… Quand ses jambes étaient encore solides, Grand Mico aimait s’y rendre, explorait les fonds, dont il connaissait les coins et les moindres recoins et rêvait à tout ce passé dont il percevait le mystère et s’en nourrissait.

Un tantinet rebelle à la discipline des bancs et des murs de l’école, il a parcouru longtemps et librement les bois et en a tiré une grande connaissance des essences et des vertus de beaucoup de plantes. Ses parents l’ont-ils fait avant lui et transmis leur science, science elle-même venue de beaucoup plus loin, de ce Madagascar fantasmé d’où les Bedo (nom malgache courant) viennent ? Ses ancêtres comme il aime l’affirmer, sont présents sur ces lieux depuis « toujours ». Ce temps indéfini où déjà l’homme traqué, pourchassé, esclave en fuite, a trouvé refuge sur les hauteurs sauvages de remparts et de pitons de l’Entre-Deux, puis dans les méandres dangereux mais nourriciers de la rivière et des ilets du Bras de La Plaine.

Tisaneur, devineur, il concoctait des remèdes pour tous ceux qui frappaient à sa porte. Il se déplaçait aussi voir ses amis souffrants dans toute l’île. Il ne ménageait jamais ses efforts pour soulager d’une tisane, d’une huile, avec un dévouement exemplaire que l’on peut reconnaitre aujourd’hui dans toute son ampleur. Ces dernières années d’Atidamba au Dimitile, cérémonie qu’il a initiée et soutenue de manière indéfectible, une longue file se formait devant lui pour une précieuse huile de massage dont il consacrait l’usage par une première « passe » sur la partie douloureuse. Peu importe l’origine du mal, sa main salvatrice et son esprit de compassion se conjuguaient pour vous soulager de votre mal.
D’ailleurs, avant de vous toucher il dédiait le remède au soleil à qui il demandait l’énergie pour guérir efficacement.

J’avoue avoir découvert avec un grand étonnement ce geste multimillénaire, dont j’ai entendu parler, lu dans des documents malgaches très anciens mais que je n’ai jamais vu en pratique.
J’ai alors suivi, éblouie, subjuguée, la leçon d’un grand tisaneur-devineur et d’un enfant du Soleil, pour essayer de capter cet héritage, ce grand héritage.

Ramatoa Charlotte Rabesahala