Di sak na pou di

Hommage de Laurent Rousse à son grand père Eugene Rousse

Témoignages.re / 3 décembre 2020

Mon grand père, Eugene Rousse, a consacré une grande partie de sa vie à documenter et à partager l’histoire de la ville du Port et de La Réunion.
Il y a un an, le 03 Décembre 2019, il nous quittait.
A son décès, il nous a laissé une courte autobiographie.
Pour cet anniversaire, je souhaite partager avec vous ce récit.

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Eugène Rousse aux côtés de Jean-Yves Langenier, en 2016.

Biographie d’Eugène Rousse :

"En cette année 2016, j’ai 88ans, après avoir consacré beaucoup de temps à la rédaction dizaine de biographies, j’estime que le moment est venu d’écrire brièvement la mienne.
Je suis né le 5 Mars 1928 à la maternité coloniale de Saint-Denis en face de la Cathédrale.
Mon enfance et une partie de mon adolescence se sont écoulées à la Montagne où mon père exerçait la profession de facteur des PTT et ma mère celle de femme au foyer. Pour éduquer leurs neuf enfants, mes parents ont dû faire preuve de beaucoup de courage.
Au milieu des années 30, j’ai été scolarisé à Saint Bernard dans une école de garçons à classe unique dépourvue d’eau, de sanitaires, de clôture… puis à l ‘école mixte du Ruisseau Blanc, un peu mieux équipée.
Dans la Réunion coloniale, le dénuement était général. Enfants de petit fonctionnaire, mes frères et moi nous devions consacrer nos jeudis et nos dimanches aux corvées de bois, d’eau que nous allions puiser dans les ravines et aux travaux domestiques les plus divers. A cela, il faut ajouter la fréquentation des cours de catéchisme assurés par le père Raimbault en personne et la messe dominicale où nous nous rendions régulièrement en compagnie de nos parents.
En Septembre 1939, une page se tourne dans ma vie. Dès qu’éclate la Seconde Guerre Mondiale, mon père décide d’installer toute la famille en ville de Saint Denis. Je fréquente alors l’unique école publique de garçons du chef-lieu, l’Ecole Centrale dont le directeur – un ancien combattant de la guerre 1914-1918 que j’ai vu pleurer lors de l’annonce de la capitulation de la France en juin 1940 - était un enseignant d’un extraordinaire dévouement.
Je lui dois ainsi qu’à deux de ses adjoints ma réussite au brevet élémentaire et au concours d’entrée à l’Ecole normale qui m’ont permis d’envisager l’avenir avec sérénité.

En Octobre 1949, alors que les privations consécutives à la Guerre se font encore durement sentir à la Réunion, je me rends par voie maritime à Aix-en-Provence pour ma formation professionnelle. Le voyage d’une durée de quatre semaines fut pour moi un bonheur permanent. Je pouvais enfin me distraire, me reposer et disposer d’un confort auquel je n’étais pas habitué.
Mon séjour d’un an à Aix-en-Provence a été extrêmement agréable et enrichissant. Mes études m’ont laissé assez de loisirs pour parcourir toute la Provence, le nord de l’Italie, une partie de la Suisse et de l’Allemagne. J’ai pu découvrir Paris, l’Alsace et surtout la Bretagne où résidait un de mes oncles. A Paris, où je logeais à l’hôtel des étudiants réunionnais de la rue Saint Sulpice, j’ai eu le plaisir d’assister à des spectacles de qualité et de participer à des manifestations contre la guerre du Vietnam.

En Octobre 1950, ce n’est pas sans une certaine mélancolie que je regagnais la Réunion. Parti d’Orly à l’aube du 11 octobre, j’atterrissais à Gillot le 14 octobre à 22h, après des escales à Athènes, le Caire, Djibouti, Monbasa, Tananarive.
Le 23 octobre, je prenais mon poste d’instituteur au Port où s’est déroulée toute ma vie professionnelle.
Marié 15 mois plus tard à une institutrice venue de la Rivière
Saint Louis faire des remplacements dans l’école où j’enseignais, j’étais en 1955 chef de famille de quatre enfants à qui je me suis efforcé de donner une solide éducation. Ce qui ne m’a pas empêché de m’impliquer fortement dans la vie associative de la cité maritime notamment dans la vie sportive, dans la vie syndicale, dans la vie politique et dans la vie municipale.
Dans ces milieux si divers, j’ai côtoyé des personnes comme Raymond Mondon et Léon de Lépervanche qui m’ont énormément appris. Certaines d’entre elles ont profondément marqué l’histoire de notre ile.

Début Mars 1983, j’ai fait valoir mes droits à la retraite. Une retraite que j’ai presque entièrement consacrée à servir ma famille et mes concitoyens.
Dans l’exercice de mon mandat de conseiller municipal du Port (1971-2008), je me suis employé à donner des raisons d’espérer à la frange de la population la plus démunie. J’ai surtout activement participé au combat visant à doter la cité maritime d’établissements scolaires bien équipés et en nombre suffisant, tout en veillant à ce que, hors temps scolaire, les jeunes aient la possibilité de s’occuper utilement et de s’épanouir pleinement. C’est une de mes plus grandes satisfactions d’élu.

Dans les diverses associations au sein desquelles j’ai milité, j’ai œuvré afin que les droits des Réunionnais soient respectés et que la société Réunionnaise soit plus solidaire et plus fraternelle. Pour atteindre ces objectifs, beaucoup reste à faire.
Un de mes soucis majeurs a été de donner à mes compatriotes la possibilité de s’approprier leur passé. Pour y parvenir, j’ai consacré beaucoup de temps à consulter des archives de toutes sortes tant locales que nationales, aussi bien publiques que privées tout en ne négligeant pas les archives orales dont la richesse est souvent insuffisamment exploitée. Les résultats de mes recherches ont fait l’objet de publications dans des ouvrages dont l’édition n’a été possible qu’avec l’aide notamment du Conseil Générale de la Réunion et de la Commune du Port.
J’ai en outre apporté ma contribution afin d’assurer l’enrichissement et la conservation du patrimoine biographique de la Réunion et j’ai publié de nombreux dossiers relatifs au grands événements qui ont marqué l’histoire de notre île au cours du siècles dernier.

Comment ne pas ajouter que je m’estime heureux d’être arrivé dans d’assez bonnes conditions jusqu’aux plus hautes marches de l’escalier de la vie. Une vie au cours de laquelle j’ai eu l’immense bonheur d’assister à un véritable métamorphose de la Réunion sur tous les plans. Une vie au cours de laquelle il m’a été possible de réaliser la plupart de mes projets.

Eugene Rousse"

Laurent Rousse