Di sak na pou di

Il est mort en silence

François Maugis / 11 juillet 2020

JPEG - 17.3 ko

Il est mort en silence. Leucémique depuis l’âge de 40 ans, il vient de mourir, il avait à peine 60 ans. Magnifiquement soigné par la médecine moderne (greffe de moelle osseuse, etc.), il a donc courageusement traîné cette maladie pendant 20 ans.

Pendant 20 ans, sans lâcher prise, sans défaillir, il a tenu son poste plus qu’honorablement, dans le bâtiment. Nous nous connaissons depuis plus de 10 ans, et il m’a raconté : « Tu sais, quand j’ai commencé à travailler dans le bâtiment, on ne prenait pas beaucoup de précautions. J’en ai avalé des gaz et des poussières nocives (hydrocarbures, poussières de ciment, d’amiante, etc.) ». Il ne m’en a pas dit plus, mais j’ai tout compris. Voilà donc l’origine de cette horrible maladie.

Son employeur, SBTPC, a fait déposer une gerbe de fleur au centre funéraire de la Ligne Paradis. J’ai apprécié le geste mais dans mon for intérieur, j’ai mesuré toute l’injustice de la société en pareil cas. Où étaient les nombreux employeurs chez qui il a travaillé et qui ont, eux aussi, une part de responsabilité dans cette mort prématurée ? On ne comblera jamais l’immense trou provoqué par sa disparition. Mais, ne mérite-t-il pas une reconnaissance de la société tout entière ? Au même titre que les soldats morts pour la Patrie, Emmanuel est mort pour la France, pour qu’elle avance dans le dur combat des nations pour le progrès. Cela, me semble-t-il, mérite autre chose qu’une simple gerbe de fleurs.

François-Michel Maugis