« Il faut manger pour vivre... »

13 janvier 2007

QUI n’a jamais entendu, ou même prononcé une seule fois cette maxime pleine de sens : « Il faut manger pour vivre, et non pas vivre pour manger », qui fait dire à Harpagon, pour ses raisons à lui, que c’est « la plus belle sentence (qu’il ait) entendue de sa vie » ? Mais quant à la mettre réellement en pratique, c’est une toute autre affaire ! Il n’y a qu’à voir dans les pays riches la progression vertigineuse de l’obésité qui va de pair avec la prolifération des régimes alimentaires... Car si chacun sait, ou croit savoir, le rôle indéniable que joue l’alimentation sur le physique comme sur le moral, donc sur la santé même, personne n’en connaît à fond les mécanismes. D’où cette floraison de conseils sur la meilleure manière de manger, relayés ou inspirés par la publicité vantant les mérites de tel ou tel aliment, de tel ou tel régime. Une obsession de la minceur est née, savamment entretenue, qui a déjà fait plus d’une victime : toute une génération en supporterait les frais d’après les rapports récents des hôpitaux gériatriques.
Alors que faut-il manger ? Pas le sucre, tout le monde le dit suffisamment, surtout le sucre cristallisé que l’on retrouve dans les bonbons, les gâteaux, dans le pâté créole accompagné de liqueurs, les crèmes glacées, les confitures, les sirops, la limonade et les sodas, et même paraît-il, dans les jus de fruits vendus en bouteilles. Les nutritionnistes de la nouvelle école nous recommandent de manger les fruits frais, et de saison de préférence, mais sans excès quand il s’agit des letchis, des mangues, des bananes ou des ananas. Priorité aux sucres lents, insistent-ils, mais encore faut-il être capable de les identifier ! Prendre des légumes, à volonté, et de la viande, sous toutes ses formes, mais de la charcuterie une seule fois par semaine, de la volaille, du lapin, des œufs, du poisson, des fruits de mer... Tout en sachant que les protéines végétales ne peuvent remplacer complètement les protéines animales et que le lait de soja n’a pas toutes les vertus du lait de vache.
Avec le sucre, notre deuxième ennemi ce sont les corps gras. La consigne étant de réduire au minimum la quantité d’huile, de graisse et de beurre, pour protéger entre autres notre cœur et ses vaisseaux, à condition toutefois de savoir faire la distinction entre le bon et le mauvais cholestérol. Ce qui n’est pas du tout évident. Ainsi voit-on que manger, c’est tout à la fois une science et un art.
Boire de l’eau, au moins un litre et demi par jour, pour suivre à la lettre la belle devise « vivre d’amour et d’eau fraîche », mais bannir les boissons alcoolisées, y compris le vin et la bière, en ne nous laissant jamais surprendre par la recommandation hypocrite « boire avec modération ».
Ici, nous touchons enfin à l’essentiel : au plaisir de manger, que j’ai laissé pour la fin. Ce qui peut sembler paradoxal après tout ce qui vient d’être dit. Oui, au plaisir que nous trouvons ou retrouvons à apprécier, à goûter, à savourer les aliments, en prenant tout notre temps pour manger, à manger “tout à loisir” comme le Rat des champs de la célèbre fable. Au régime, souvent contraignant voire rébarbatif, préférons, et de loin, l’hygiène de vie. Oui, décidément, il faut manger pour vivre et non pas vivre pour manger !

Georges Benne


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