Il y a quatre siècles, Pierre Corneille...

28 septembre 2006

Pierre Corneille est né le 6 juin 1606, à Rouen en Normandie, dans une famille d’avocats et de magistrats. Dès l’âge de 9 ans, il entre au collège des jésuites de Rouen. Les jésuites sont des religieux catholiques, qui, à cette époque, dirigent de nombreux collèges en France. Des établissements scolaires prestigieux, réputés pour la qualité de l’enseignement qui y est donné.
Pierre Corneille reçoit une éducation stricte et sévère, car les maîtres jésuites ne badinent pas avec la discipline (à La Réunion, la communauté des jésuites se trouve au 31 rue Sainte-Anne à Saint-Denis. Le Père supérieur est Stéphane Nicaise, également docteur en anthropologie).
En 1622, une fois achevée ses études de collège, comme son père, Pierre Corneille décide de devenir avocat. Malheureusement, il constate qu’il est un narrateur médiocre. Il n’aime pas prendre la parole en public. Il exerce donc son métier d’avocat sans goût et sans succès. C’est alors qu’il commence à rédiger des poèmes, à composer une comédie en vers, “Mélite”, qui sera jouée à Paris en 1629. C’est un succès : Pierre Corneille, qui n’a que 23 ans, apparaît dès lors comme un auteur au talent prometteur. Après “Mélite”, il compose d’autres comédies : “La Veuve” (1632), “La Galerie du Palais” (1633), “La Place Royale” (1634)...

Corneille fait partie des cinq auteurs que le Cardinal de Richelieu, Ministre du roi Louis XIII, met en place. Tout en écrivant pour le Cardinal, Corneille continue à composer des œuvres personnelles, notamment “l’Illusion comique”, qui sera présentée en 1636.
Pierre Corneille a 30 ans et commence à se détacher du groupe des cinq auteurs. Il fait représenter “Le Cid”, une pièce de théâtre qui met en scène des personnages hors du commun et des situations dramatiques exceptionnelles. Avec “Le Cid”, Corneille triomphe : "Tout Paris pour Chimère a les yeux de Rodrigues", comme l’écrit le poète Nicolas Boileau. De ce fait, dans les salons parisiens, on ne parle plus que du “Cid”. Une nouvelle expression admirative fait fureur : "C’est beau, le Cid !".

En 1640, il écrit “Horace”, un drame inspiré de l’histoire légendaire de Rome. Cette fois-ci, Corneille respecte scrupuleusement les règles du théâtre classique.
En 1642, Corneille présente “Cinna”, une pièce qui rend hommage à la grandeur d’âme et à la sagesse d’Auguste, jeune empereur de Rome, face aux auteurs d’un complot politique qui visait à le renverser. La même année, il écrit “Polyeucte” qui raconte le destin tragique d’un chrétien qui meurt supplicié, en martyr, pour avoir, au nom de sa foi, défié le pouvoir romain en renversant et brisant les idoles (les statues des anciens dieux). Cette pièce vaut à Corneille quelques critiques de la part des intégristes de l’Église, c’est-à-dire des esprits savants qui veillent aux respects des usages et des règles : le nom de Dieu, disent-ils, est sacré et ne doit pas servir aux investissements d’un spectateur au théâtre. Mais le public se moque de ce que pensent les "doctes". Il applaudit Corneille, qui est considéré comme le maître du théâtre parisien.
En décembre de cette même année 1642, Richelieu meurt et Corneille lui rend un hommage pour le moins ambigu :

"Il m’a fait trop de bien pour en dire du mal,
Il m’a fait trop de mal pour en dire du bien"
.

Durant les années qui suivent, Corneille innove, invente et excelle : “La Mort de Pompée”, “Rodogume”, “Le Menteur”, “Andromède”, “Nicomède”, “Don Sanche d’Aragon” qui suscitent l’enthousiasme du public. En 1658, Corneille tombe amoureux de la jeune et belle marquise du Parc, comédienne dans la troupe de Molière..., mais il n’est pas tout jeune (il a 52 ans) et la belle marquise repousse ses avances. Alors, il écrit quelques vers mélancoliques et douloureux :

"Marquise, si mon visage
À quelques traits un peu vieux,
Souvenez-vous qu’à mon âge
Vous ne vaudrez guère mieux.

Le temps aux plus belles choses
Se plait à faire un affront
Et saura faner vos roses
Comme il a ridé mon front."

Corneille continue avec “Agélilas”. C’est un échec. “Attila”, jouée par la troupe de Molière, remporte un assez bon succès. En 1670, Corneille confie une nouvelle pièce à la troupe de Molière, “Tite et Bérénice”.
Vieilli, déçu, Corneille décide de prendre sa retraite, après avoir donné au théâtre une dernière comédie héroïque, “Pulchérie” (1672), et une dernière tragédie, “Surimaque” (1674). Désormais, il se préoccupe essentiellement du salut de son âme et se réfugie dans la religion.
Corneille meurt à Paris, dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre 1684, à l’âge de 78 ans. C’est son jeune frère Thomas qui lui succède à l’Académie Française.

Voltaire dira de Corneille :
"La langue française restait à jamais dans la médiocrité sans un de ces génies faits pour changer et élever l’esprit de toute une nation. C’est le plus grand de nos académiciens, c’est Corneille seul qui commença à faire respecter notre langue des étrangers".
À cette occasion, Jean Racine prononce un vibrant éloge au grand Corneille :
"La scène retentit encore des acclamations qu’excitèrent à leur naissance “Le Cid”, “Horace“, “Cinna“, “Pompée”, tous ces chef-d’œuvres représentés depuis sur tant de théâtres, traduits dans tant de langues, et qui vivront à jamais dans bouche des hommes. À dire vrai, où trouvera-t-on un poète qui ait possédé à la fois tant de grands talents, tant d’excellentes parties : l’art, la force, le jugement, l’esprit ? [...] La France se souviendra avec plaisir que sous le règne du plus grand de ses rois a fleuri le plus célèbre de ses poètes".

J’avais 20 ans, étudiant à Arles, j’ai eu le plaisir de jouer comme figurant dans la pièce de théâtre “Le Cid” à l’amphithéâtre d’Arles. Ce fut pour moi un moment inoubliable.

(Source : Mensuel “Virgule”)

Marc Kichenapanaïdou


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