Indexer ou paupériser ?

4 avril 2007

Bien des questions sont posées en Métropole en écho de celles qui se posent ici même dans l’Ile de La Réunion.
Les expatriés sont-ils sur-rémunérés par rapport aux Créoles ? Les retraités fonctionnaires bénéficient-ils de privilèges exorbitants ? N’est-il pas inégal et injuste que les fonctionnaires réunionnais soient indexés ?
A dire vrai, il n’est pas très bien informé mon candidat présidentiel préféré ; La Réunion n’est pas l’Afrique, ni un TOM, il n’y a pas deux grilles de rémunération pour les fonctionnaires titulaires, mais une seule. C’est ainsi, même si on l’ignore en France métropolitaine du côté du Larzac.
Ce que chacun doit savoir, et José Bové en premier, c’est que c’est par la lutte, aux lendemains d’une départementalisation d’abord purement formelle, que les travailleurs titulaires des trois fonctions publiques ont gagné le droit de tous à une indexation permettant de vivre à La Réunion comme l’on vivait en France, c’était dans les années 50. Ici, les historiens locaux et la presse quotidienne reviennent assez souvent sur les luttes diverses, menées dans l’île au cours de son histoire, pour gagner une première forme d’égalité.
Réfléchissons, il n’y aurait aucune justice à priver les retraités d’un droit accordé aux actifs, et c’est un scandale qu’il puisse en aller autrement dans un autre département, car nous payons tous les produits au même prix, quel que soit notre âge ou notre condition. Ici, ceux qui ont fait leur carrière ailleurs et qui viennent prendre leur retraite dans l’île sont souvent des originaires qui reviennent, ou des conjoints de réunionnais(es). Il ne peut être question de les en empêcher.
Plus sérieux est le souci d’égalité entre Réunionnais, et là, il faut le dire, il n’y a rien de juste à ce que certains travailleurs soient indexés et pas d’autres ; c’est vrai.
Plus, il est encore moins juste que tant d’employeurs abusent de leur position dominante pour ne pas respecter la législation du travail, recrutent sur critère ethnique ou d’apparentement, multiplient les heures de travail non rémunérées faute de contrôles suffisants.
Plus grave de conséquence, il est illégitime que les prestations de l’Etat ne soient pas indexées au moins à hauteur des 35/100 qui constituent la barre la plus commune, certains comme les enseignants ont un peu plus.
Pire encore, il est totalement scandaleux que l’île compte tant de chômeurs et si peu de centres de formation pour adultes.
Que gagnerait-on à paupériser les fonctionnaires titulaires, alors que le vrai problème est celui des ressources insuffisantes des plus exploités et démunis, dans l’indifférence à celui des profits des investisseurs locaux, soigneusement défiscalisés par les soins des pouvoirs successifs jusqu’à l’explosion des prix du foncier et des tarifs des locations ?
La suppression de l’indexation aboutirait à une déflation, source de récession économique et de casse du cycle de création d’emplois.
Une avancée vers une indexation plus juste tendrait à ré-aligner le niveau de misère locale sur celui de la Métropole, où chacun sait que ce n’est pas la joie malgré tout.
Cette deuxième voie ne se mettra pas en place sans lutte, et pas seulement par la voie électorale, c’est certain.
Il faudra se battre. Il faudra aussi expliquer, y compris à nos amis les plus proches, en Métropole. Ils sont restés trop ignorants des réalités réunionnaises si contrastées, leurs avancées historiques, leur retard maintenu.
C’est ça l’intérêt de la campagne collective de Bové, il faut la penser à plusieurs, l’éclairer encore et encore, c’est la nôtre !

Fr. Esquer,
Porte-parole Espoir Alternatifs rouges et verts


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