“Indigènes” ou les oubliés de l’Histoire de France

19 octobre 2006

J’ai vu “Indigènes” au cinéma Cambaie à Saint-Paul ce 14 octobre 2006.
Ils étaient quelque 350.000 hommes, tous soldats de l’armée d’Afrique engagés en 1944 dans la libération de l’Europe et de la France. Parmi eux, une bonne moitié d’Algériens, Marocains, Tunisiens, Sénégalais ou encore Tchadiens. Ils étaient en première ligne. Ayant payé un lourd tribut, ces combattants “indigènes” figurent parmi les grands oubliés de l’Histoire de France. Déjà, à l’intérieur de l’armée, il y avait des discriminations. Ils n’avaient pas le même repas que les Français de la métropole, ils n’avaient pas de permissions.

Le cinéaste Rachid Bouchared n’a pas voulu réaliser un film de guerre pour un film de guerre. Il a voulu conter le destin de ces soldats de l’armée d’Afrique, sans pour autant assommer le spectateur avec un discours magistral.

Rachid Bouchared a voulu faire suivre les spectateurs le destin de quatre “indigènes” et d’un sous-officier pied-noir, pointer sa caméra sur une poignée de personnages tout en peignant une vaste fresque haute en couleur... Mais très vite, “Indigènes” prend le large, embarque le spectateur sur l’aventure, l’émotion, la rage et aussi la colère.

Une partie du film est résumée par explication de Jamel Debbouze à une Française. Comment s’est déroulée cette guerre en Algérie, en Italie...

La dernière partie du film où ces tirailleurs, livrés à eux-mêmes, défendant un village alsacien, est un moment sublime. La caméra de Rachid dépasse le septième art.

Jamel Debbouze a raison de dire que c’est son meilleur film. C’est vrai qu’il dégage tant d’émotion, tant d’expression corporelle. Cela donne l’impression qu’il ne joue pas devant une caméra, il joue avec ses tripes. Il joue son histoire. Il en est de même pour ses compagnons : Abbel, Kader, Messoud, Yassir.

Je comprends la Réaction de Madame Bernadette Chirac lorsqu’elle dit à son mari, après avoir vu le film : « Jacques, il faut faire quelque chose ! ». Dorénavant, “ces indigènes” toucheront la même pension que leurs frères de combat français. Ils étaient, en 1944, 350.000 hommes, aujourd’hui à peine 80.000 anciens combattants. Depuis, l’État a réalisé une économie considérable. Mieux vaut tard que jamais.

Marc Kichenapanaïdou


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Témoignages - 82e année


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