Di sak na pou di

Jacob et le Pas de Bellecombe

Témoignages.re / 3 janvier 2008

Un exceptionnel hommage a été réalisé pour les dix ans du grand départ de Jacques Lougnon. Aussi nous remercions profondément les journalistes d’avoir couvert l’évènement, car si le corps retourne en poussière l’esprit lui, comme le disait les écritures, demeure. Il est entendu que la dimension humaine et la capacité d’innover que Jacques Lougnon a réalisées pour La Réunion continueront d’être découvertes au fil des années par les chercheurs sincères, car Jacques était à lui-même une petite maison des civilisations (des Hauts). Il n’est pas le seul, je pense à Boris Gamaleya, Jean Albany et bien d’autres auteurs émérites de La Réunion.
C’était le dimanche 18 novembre, nous sommes donc allés arpenter avec quelques pèlerins d’Arts et Lettres la route du volcan. Là aussi les écrits du lettré réunionnais nous ont servi. Au cratère Commerson, nous avons planté une plaque* symbolique « Le chemin du Vieux Tangue », car c’est Jacques Lougnon qui, en son temps, fit le travail de pionnier pour la dénomination et la mise en valeur dudit cratère, il ne faut pas l’oublier. Cratère mythique, qui par son fond vertigineux, a ému plus d’un voyageur découvreur. À la Plaine des Sables, nous avons rencontré le Sir Ben Gontran (une icône de la musique rodriguaise) accompagné de notre ethnomusicologue, Jean-Pierre La Selve.
Autour du soleil un « cercle en ciel » coloré se détachait dans l’atmosphère, ce qui fit dire à Jacqueline Farreyrol accompagnée de Geneviève Sévagamy (chanteuse lyrique), et filmée par Michel Boccara, que son île était... pleine de grâces.
Le périple se conclut au Pas de Bellecombe.
Nous avons rappelé aux artistes présents que le 11 février 1981, notre Vieux Tangue fit des suggestions toujours d’actualité (« Les nouvelles chroniques, 1977-1988 »). Ainsi en 1768 Messieurs de Bellecombe et de Crémont s’y trouvaient les premiers, mais ce fut l’esclave Jacob qui a été le premier à descendre dans ce que l’on appelait alors « Le cratère du diable », personne n’ayant osé descendre dans l’enclos dit « de Lucifer » rempli de bébêtes !
Jacob, lui, tenta l’aventure, il réussit la descente et la remontée dans l’espoir de gagner « la bonne récompense » promise par Crémont, l’ordonnateur. Plus tard, Joseph Hubert le botaniste humaniste et deux guides officialisèrent le passage aujourd’hui dit « Pas de Bellecombe ». Or, ce dernier, le Gouverneur Monsieur de Bellecombe, ne descendit pas dans l’enclos, car il reposait dans une caverne, accablé de coliques d’estomac.
Cette histoire fut aussi racontée en 2005 par notre collègue Enis Rockel dans son ouvrage « Histoires extraordinaires de l’isle Bourbon » où il suggère que le lieu soit dénommé « Pas de Jacob ». Oui, cela ne serait que justice. Aussi, nous proposons au prochain Maire de Sainte-Rose, au représentant du Parc des Hauts et au Préfet, premier représentant de l’Etat, à ce que ce Pas soit dénommé dorénavant « Le Pas de Bellecombe-Jacob ». Bellecombe, représentant les autorités et Jacob, l’homme courageux qui osa affronter les anciens préjugés. Il en ressorti indemne et son nom hautement symbolique doit être présent dans ce lieu de pèlerinage, cet autre joyau des Hauts qu’est notre Piton de la Fournaise.
Et comme nous sommes dans l’année de l’hommage au Vieux Tangue, permettez moi de conclure par des extraits de son texte :
« Pourtant depuis les Anciens, il est convenu qu’il existe certains « canons » de la beauté (« canons » en grec veut dire « règle »). Les Cariatides de l’Erechtéion depuis 2.500 ans n’ont pas provoqué chez tous ceux qui les ont vues, le même choc, la même sensation ; mais je suppose que pas un seul de ces privilégiés qui ont pu gravir l’Acropole ne les a trouvées « moches ».
« C’est qu’il y a, qu’il doit y avoir, un certain accord, sur une certaine façon de faire certaines choses. Certains peuvent ne pas s’en rendre compte, mais il doit être facile de leur faire prendre conscience, en les amenant devant la chose et en le leur disant gentiment.
« Tel est le but de ce billet touristique sur le Pas de Bellecombe ».

Reconnaissance :
« Les milliers de touristes qui vont au Volcan tout au long de l’année n’ont peut-être pas toujours une petite pensée reconnaissante pour les forestiers qui ont accompli une action remarquable, depuis de nombreuses années, dans le massif de la Fournaise, pour la plus grande joie des promeneurs (routes, gîtes, sentiers, balisages, organisation des guides et porteurs...). C’est sans doute en hommage à cette action que leur patron vient d’être nommé “Délégué Régional au Tourisme”, mais cette reconnaissance officielle n’empêche pas celle des privés de s’exprimer à son tour.
Il ne leur serait sans doute pas déplaisant que le Conseil Général ou la commune de la Plaine des Cafres ou une Association quelconque, érige un petit monument, sous la forme d’un bloc de lave, dressé par exemple à droite du parking, avec ces quelques mots : « Forestiers, vous avez fait du beau travail. Merci » !
Une stèle en hommage des forestiers à droite et une plaque en hommage au courageux Jacob à gauche. Voilà un projet simple qui mettrait en valeur notre patrimoine riche par sa force d’exemple.

Christian Vittori

PS : * La plaque a été offerte par un menuisier du pays qui a de l’admiration pour l’œuvre de notre vieux professeur.