Je suis un Libanais

21 juillet 2006

Depuis une semaine, le Liban se liquéfie sous les yeux à peine larmoyants d’une communauté internationale juste remise des jeux du stade et de ses farces, celles-là qui auront occulté dans la conscience mondiale la première tragédie de Gaza.
Bien sûr personne n’est dupe, surtout pas les oligarches réunis en club de vieux messieurs à Saint-Pétersbourg. et qui proclament sans honte le droit d’Israël à se défendre par le martyre d’un peuple et la destruction d’un pays.
Nul n’ignore que le Hezbollah n’a pas agi seul. ce mercredi 12 juillet et qu’il s’est aligné sur le principe du “wilayat al-fakih” selon lequel toute décision d’ordre stratégique doit obligatoirement être approuvée par une autorité religieuse suprême (chiite), le “walih al-fakih”, en l’occurrence le Guide de la révolution iranienne, l’ayatollah Khamenei.
Nul n’ignore non plus que la volonté de contraindre l’influence politique de Téhéran dans la région, y compris par les ennemis d’Israël, et particulièrement l’Arabie Saoudite, dont le chef de la diplomatie Séoud el-Faycal dénonçait samedi 15 juillet au Caire “l’aventurisme du Hezbollah”, c’est-à-dire donc de Téhéran, est cause du soutien inconditionnel du Gouvernement américain et de certains de ses alliés occidentaux ou orientaux aux crimes, qui s’accomplissent sous nos yeux.
C’est ainsi que deux soldats israéliens ont été enlevés le 12 juillet, non sans une coordination des alliés du Hezbollah et que, à ce jour (20 juillet), si sept civils israéliens ont été tués par des tirs de Katiouchas, ce sont près de trois cents civils libanais innocents qui ont péri, ce sont cinq cent mille personnes qui ont fui leurs foyers, et le Liban est revenu à un état de désolation identique à celui que vingt ans de guerres plus ou moins civiles s’étaient acharnées à laisser.
Ce n’est pas à la Syrie ou à l’Iran qu’on s’en est prit, quoi qu’on n’ait cessé de clamer leur responsabilité ! Mais là, ce serait une autre affaire...
C’est une fois encore au plus faible, à ce pauvre Liban coupable toujours d’être voisin d’Israël et d’avoir été, depuis cinquante ans, une terre d’accueil pour les réprouvés de la cause palestinienne.
Complices sont les grandes puissances, qui n’ont d’autre choix que de laisser se réunir et décider le Conseil de Sécurité, réuni enfin... pour ne rien décider.
Complices sont les puissances arabes, qui toutes compatissent et tiennent des assises urgentes... qui ne décident de rien. hors de se faire tuer jusqu’au dernier Libanais...
Coupable le Hezbollah de ne pas s’être soumis à la résolution 1559 et à l’adoption immédiate du plan Siniora.
Mais criminel est l’État hébreu qui tue sans discernement, bombardant des routes où sont les réfugiés, détruisant les usines d’alimentation, les villes et les quartiers où ne se trouvent pas les miliciens armés mais encore des réfugiés, réduisant la vie humaine à rien. tant qu’elle n’est pas israélienne.
Quelle que soit l’issue de celte guerre, qui jette Tsahal sur un peuple sans défense, mais enfin uni dans le malheur qui le frappe, elle déshonore Israël, et la conscience mondiale qui ne s’en révolterait pas.
Avons-nous encore des oreilles pour entendre ce qu’on nous crie en terre du Cèdre ? Qu’il s’agit d’une vraie guerre du fort au faible, d’une guerre injuste et folle, parce que sans discernement, où les innocents meurent par centaines ?
Avons-nous des voix pour scander à lsraël qu’il vaut mieux subir l’injustice que d’en commettre une plus grande, et que si les holocaustes sont de tous les temps et de tous les pays, il en est un aujourd’hui, et il est au Liban.
Aujourd’hui, parce que jadis j’étais un juif allemand, et pour les mêmes raisons, je suis un Libanais !

Dominique Herrbach


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