Di sak na pou di

Jésus de Nazareth, Juif ou Chrétien ?

Reynolds Michel / 14 avril 2019

« Quand on se coupe de sa racine, on risque d’être emporté par le premier coup de vent ! »

JPEG - 17.3 ko

Les Chrétiens, en ce temps de carême ‒ temps de prière, de jeûne et de partage ‒, se préparent à célébrer dans la plus grande ferveur la mort et la résurrection de Jésus de Nazareth. « Vous cherchez Jésus de Nazareth, le crucifié : il est Ressuscité », lit-on dans l’Évangile selon Marc (Marc, 16,6). Mais qui est ce personnage historique à l’origine de l’immense aventure spirituelle du christianisme ? D’où venait-il ? Quel était son projet ? Etait-il juif ou chrétien ?

Jésus est juif, né d’une famille juive [1]. Ses disciples sont juifs. Et toutes les grandes figures du mouvement chrétien naissant, Jacques, Pierre et Paul, pour ne citer qu’eux, sont des juifs. Ces constats qui relèvent aujourd’hui de l’évidence ne l’ont pas toujours été. La tendance durant de longs siècles a été d’arracher Jésus à ses racines juives, à tout le moins à voiler sa judéité, c’est-à-dire son identité juive. Qu’est-ce qui explique cette « dé-judéisation » de la figure de Jésus qu’on retrouve dans le Nouveau Testament et dans les écrits des auteurs chrétiens des premiers siècles ? C’est toute la question du processus par lequel judaïsme et christianisme se sont différenciés, puis affrontés. C’est la question du « quand, comment et pourquoi des disciples de Jésus ont-ils cessé d’être considérés comme juifs par les autres fils d’Abraham [2] », et où et quand eux-mêmes ont-ils pris conscience qu’ils étaient autres que juifs ?

« Comment le même est-il devenu l’autre ? »

La séparation ne s’est pas faite en un jour, le jour de la découverte du tombeau vide ou le jour de la Pentecôte, par exemple. Elle ne s’est opérée que progressivement, plus rapidement et plus radicalement du côté des chrétiens d’origine païenne que du côté des chrétiens d’origine juive (les judéo-chrétiens). Il est néanmoins important de rappeler ici que disciples d’un Maître juif de plein droit, les chrétiens [3] des deux premières générations sont juifs dans leur immense majorité. Et leur objectif, à l’époque, n’était pas de fonder une nouvelle religion mais de faire reconnaître à leurs coreligionnaires que leur Maître, Jésus de Nazareth, était le Messie annoncé par les prophètes. Avant l’an 70, date de la destruction du Temple de Jérusalem par les Romains, les disciples du Nazaréen, les Nazaréens ou Nazôréens, ne forment qu’une fraction à l’intérieur du judaïsme, divers et pluriel de l’époque. Il y a des Juifs nazôréens, comme il y a des Juifs sadducéens, des Juifs pharisiens, des Juifs esséniens… C’est après 70 que le mouvement chrétien, « la secte des nazaréens » (Actes des Apôtres, 24,5) va progressivement prendre son autonomie totale à l’égard du judaïsme rabbinique. Certains spécialistes considèrent que la rupture a eu lieu entre 70 et 100, d’autres un peu plus tard.
Au départ, disions-nous plus haut, les disciples de la « secte des nazaréens » ne formaient qu’un courant au sein d’un judaïsme divers, pluriel, multiple. Une grande famille très éclatée où les controverses doctrinales sont vives, parfois violentes, et où chaque courant ‒ pharisien, sadducéen, essénien, zélote, baptiste… ‒ proclame sa singularité et sa perception propre de la vérité, tout en affirmant son appartenance solidaire à Israël [4]. Selon le livre des Actes des Apôtres (Ac 1-5), les Nazaréens, tout en célébrant leur foi en Jésus, « que Dieu a fait Christ et Seigneur », « fréquentaient assidûment le Temple » (Actes, 2, 36). Et c’est dans la synagogue d’Antioche de Pisidie (Ac, 13-12-52) que Paul, juif du courant pharisien, inaugure sa mission. Lorsqu’il arrive dans une ville, c’est d’abord à ses frères juifs que Paul s’adresse, avant de se tourner vers les païens.
Mais devant le succès rencontré auprès de ces derniers, ses frères lui causent des ennuis auprès des autorités. Alors il tonne en les accusant d’avoir « tué le Seigneur Jésus et les prophètes » (1 Thessaloniciens 2, 14-16). Mais plus tard, le même Paul, dans sa grande méditation sur la destinée d’Israël (Romains 9 à 11), assigne une vraie place au judaïsme dans sa pensée théologique. Dieu, déclare-t-il, n’a pas rejeté son peuple (11,2) tout en laissant percevoir une certaine distance entre le judaïsme et sa foi nouvelle en Jésus-Christ, un écart entre les deux alliances. « Nous prêchons un Messie crucifié, scandale pour les juifs et folie pour les païens », clame-t-il (1 Corinthiens, 1, 23). Avec Paul (vers 50-60) le mouvement de dé-judaïsation est en marche.

De l’antijudaïsme à l’antisémitisme

Les écrits évangéliques (Marc, Matthieu Jean…), postérieurs à la rupture entre judaïsme et christianisme, font tous état, à quelques exceptions près [5], de l’hostilité grandissante des disciples de Jésus envers les Juifs. L’auteur de l’évangile selon Matthieu (vers l’an 90) n’hésite pas à attribuer la mort de Jésus à tout le peuple d’Israël : « Nous prenons son sang sur nous et nos enfants » (Mt, 27,25). Cette auto-malédiction, soulignons-le, a souvent été invoquée pour justifier les malheurs du peuple juif. L’auteur de l’Évangile selon Jean (vers 100-110), instaure, pour sa part, une distance pleine de violence entre Jésus et « les Juifs » qui l’entourent. Projetant sur la biographie de Jésus la situation après la rupture, il met dans sa bouche l’affirmation suivante : « Si Dieu était votre Père, vous m’auriez aimé… Votre père, c’est le diable » (Jn 8, 44). Dans cet écrit de Jean, les chrétiens et les Juifs représentent déjà deux groupes étrangers. Le même antijudaïsme est présent dans l’Apocalyse johannique (vers 95-100). On y trouve dans ce livre deux violentes attaques contre « ceux qui se disent juifs et ne le sont pas », auxquels est attribué le qualificatif de « synagogue de Satan » (Ap 2, 9 et 3, 9). Arrêtons-nous à ces quelques réactions qui font corps avec un certain refus de la judéité de Jésus.
Il faut sans doute replacer ces violentes diatribes contre les Juifs dans leur contexte, comme relevant pour certaines de la controverse interne au judaïsme, pour d’autres de l’antijudaïsme après la consommation de la rupture, mais « l’effet de sens » de ces invectives s’est révélé par la suite catastrophique. Dès le second siècle, un certain Marcion, chrétien de Sinope, oppose le Dieu jaloux et coléreux de l’Ancien Testament au Dieu d’amour du Nouveau Testament, la Loi à l’Evangile et supprime des évangiles toutes les racines juives de Jésus. Même si Marcion n’est pas suivi et la décision de conservée l’Ancien testament est prise par la Grande Église au milieu du IIe siècle, le mal est fait. Avec certains écrivains chrétiens des IIIe et IVe siècles ‒ Jean Chrysostome et d’autres… ‒ l’antijudaïsme se transforme en antisémitisme avec ses sinistres dérives.
Et par la suite à force d’extirper du christianisme tout ce qui pouvait rappeler ses origines juives on a fini, aux XIXe et XXe siècles, particulièrement en Allemagne, à émettre quelques doutes sur la véritable « race » de Jésus, avant d’affirmer avec le philologue allemand Paul de Lagarde : Jésus n’était pas juif. C’est l’invention du Jésus aryen. De là à parler d’un christianisme « germanisé », débarrassé de l’Ancien Testament et un Jésus aryen, le premier des chrétiens, en lutte contre l’influence juive, le pas a été vite franchi par de nombreux pasteurs. D’où la création d’un Institut pour l’étude et l’éradication de l’influence juive sur la vie de l’Eglise en mai 1939. Et dans la foulée l’appel de nombre de chrétiens allemands à l’expulsion des Juifs (Cf. Mireille Hadas-Lebel, 2016 [6]). L’engrenage fatal est enclenché.

Aujourd’hui la situation est tout autre. La longue et douloureuse histoire des relations entre juifs et chrétiens a cédé la place à un dialogue où héritage commun est assumé. Les chrétiens ont reconnu leur part de responsabilité dans l’antisémitisme qui a conduit à la Shoah. Un regard nouveau sur le judaïsme a vu le jour grâce à la progression de la recherche en la matière, suite aux découvertes de Qumrân [7]. Autrement dit, nous avons aujourd’hui une meilleure connaissance du milieu où Jésus est intervenu. Bref, nous redécouvrons sa judaïté, sa grande proximité et aussi sa différence avec les grandes figures juives de son temps.

Reynolds Michel

[1Juif : Déformation du terme « judaeus », le judéen – habitant de la tribu de Juda, puis de la province de Judée en Palestine et ensuite pour désigner tous les juifs, le peuple original qui parvient à garder son identité.

[2BLANCHETIERE François, Le moment de la séparation, In Le Monde de la Bible, n° 150, avril-mai 2003.

[3Selon l’auteur des Actes des Apôtres le terme chrétien, issu du latin “christianos”, est apparu pour la première fois à Antioche : « C’est à Antioche que, pour la première fois, les disciples reçurent le nom de “chrétiens”"(Actes 11, 26). Vers l’an 40 estime l’historienne Marie-Françoise Baslez.

[4MARGUERAT Daniel, Le christianisme a été un ascenseur social, par C. MaKarian, L’express, 27/12/2010

[5A l’exception des judéo-chrétiens qui ne se considèrent pas en rupture avec le judaïsme

[6HADAS-LEBEL Mireille, Une amnésie théologique : le « Jésus aryen », Conseil National de l’AJCF – Paris, 14 février 2016.

[7La découverte dans les grottes de Qumrân, au voisinage de mer Morte en Israël, à partir des années 1947-1949, de plus de 9000 manuscrits de l’Ancien Testament et autres textes d’une communauté religieuse, dite essénienne.



Un message, un commentaire ?



Messages






  • Jésus n’a jamais été chrétien puisque le christianisme est un mouvement religieux qui a été fondé par ses apôtres après sa mort .

    A l’époque de Jésus les juifs attendaient depuis longtemps la venue d’un messie issu de la lignée de David qui viendrait les délivrer de l’oppression des envahisseurs . Et devant les miracles accomplis par Jésus ils auraient voulu qu’ils soit surtout un chef militaire capable d ’écraser les légions romaines .

    Jésus correspondait bien à ce personnage puisqu’il était écrit dans la bible que le messie devait être un descendant de David et devait naître à Bethléem qui était cité dans les écritures comme le village d’où le messie devait être originaire ,et s’il a choisi de venir à Jérusalem monté sur un âne pour se faire reconnaître comme ce messie attendu depuis longtemps par les juifs et peut être toujours attendu de nos jours c’est aussi parce que les écritures saintes l’avaient prévu .

    Mais si jésus a voulu assumer ce rôle de messie prévu par les écritures saintes ce n’est pas pour devenir un chef militaire qui délivrerait son peuple de la domination de l’empire romain mais pour apporter à toute l’humanité une autre façon de vivre basée sur l’amour de Dieu et l’amour fraternel entre les hommes . Il s’est déclaré fils de Dieu et a fait de tous les hommes des enfants de Dieu . Son message n’était pas un cri de révolte contre les envahisseurs romains . Mais un cri révolte contre l’hypocrisie et le manque d’amour entre les humains .Aime ton prochain comme toi même ou mieux que toi même si tu ne t’aimes pas suffisamment nous dit il . Aimez vos ennemis car c’est par l’amour que l’on peut vaincre et non par la violence .

    S’il a été crucifié c’est parce que la société juive et romaine de l’époque ne pouvaient accepter ce message . Mais son message n’est pas mort avec lui sur la croix mais a été porté après sa mort à travers le monde entier par ses disciples .

    Le christianisme est devenue une religion longtemps après la mort de Jésus et les chrétiens sont par définition ceux qui pratiquent la religion chrétienne. Par conséquent on ne peut pas vraiment dire que le christ était chrétien .De la même manière que l’on ne peut pas dire que Bouda était Boudiste .

    Le contenu des religions nous sont apportées par des hommes exceptionnels qui sont inspirés par l’esprit de Dieu ou qui sont des incarnations de Dieu mais ce sont ceux qui viennent après eux qui organisent le les religions et définissent les rituels liturgiques et font que des foules se rassemblent pour prier ensemble sur les bases apportées par les fondateurs . Et les religions vivent ou meurent selon la force de la foi de leur adeptes. Mais lorsqu’une religion meure faute de pratiquants Dieu ne meure pas .

    Dieu n’appartient pas aux hommes, ce serait plutôt l’inverse qui est vrai . Mais chaque homme peut avoir une perception différente de Dieu et organiser différemment sa relation avec Dieu . C’est pour cela qu’il existe plusieurs religions et qu’il en sera toujours ainsi tant que les hommes accepteront de voir dans les autres humains l’image de leur Dieu et appliqueront son commandement .Tu aimeras ton Dieu et tu aimeras ton prochain comme toi même .

    Ce droit d’avoir sa propre religion est peut être incompatible avec la croyance en un Dieu unique . Mais le fait que Dieu soit unique n’empêche pas aux hommes d’être reliés différemment avec LUI dès lors que la perception du bien et du mal est la même pour tous . Ce qui est bien dans une religion ne peut pas être considéré comme mauvaise par une autre et ce qui est mal pour une religion doit être considéré comme le mal pour les autres . Ce n’est pas toujours le cas pour ce qui concerne les rapports humains mais si Dieu est unique le bien et le mal doit être le même pour tous même si la pratique religieuse relève de la liberté de chacun .

    Article
    Un message, un commentaire ?






  • J’ai fait une étude sur Jesus - "Comment Jésus fut créé" qui répond à plusieurs questions et s’amalgame avec votre article. Jésus était juif, né de parents juifs et érudit juif... Le Christianisme est né à Rome - une mariage entre Mytra et le Christianisme - on constate d’ailleurs leurs similarités. Je tends à conclure que Jésus n’a jamais voulu créer une scission entre la religion juive et ses propres initiatives - Il y a eu manipulation, création d’un mythe et d’une légende basée sur des embryons de prophéties juives qui avaient été largement maquillées pour les adapter à Jésus... cette compilation n’a été faite que quelques 300 ans après la mort de Jésus et ne possède aucun document original de Jésus...

    Article
    Un message, un commentaire ?






  • Moi Aimé TECHER yab de Palmiste Rouge , oui moi je sais une chose : je suis le disciple de JÉSUS . Je suis un kto-coco . Avec mes amies, amis coco nous suivons son enseignement . C’est lui qui m’ a appris à aimer mon prochain . C’est lui qui a dit : "ce que tu feras au plus petit d’entre eux , c’est à moi que tu le feras. Et Aimes ton prochain comme je t’ai aimé. Laisse venir à moi ces enfants le Royaume des Cieux leur appartient Celui qui prétend aimer DIEU et qui n’aime pas son prochain est un MENTEUR. Et encore " faut chasser ces Marchands du Temple ;Il dirait aujourd’hui : " Faut virer ces hypocrites de nos églises . Ils ne viennent que pour se montrer. La parade et la messe finie, elles, ils courent pour rédiger cette nouvelle loi pour assassiner les petits, les pauvres ,les sans grade.les chômeurs, les mal logés, ces mamans seules sans argent ou presque
    Je ne cherche pas à savoir s’il était juif, chrétien .. Je n’aime pas les étiquettes .Seul compte l’HOMME-JÉSUS..Je cherche son enseignement pour mieux servir le Peuple , notre Peuple Krèol.
    Et je suis JÉSUS.( verbe suivre)

    Article
    Un message, un commentaire ?






  • Merci au rédacteur de cette interrogation .JÉSUS :JUIF ? CHRÉTIEN ?
    J’ai toujours voulu comprendre ce JÉSUS-HOMME. Je l’ai écouté .Beaucoup. Je voulais le comprendre . Oui le comprendre .Ecouter pour comprendre et pour être solidaire de lui .
    Alors je ne comprends pas pourquoi il n’y a que 4 évangélistes - quatre disciples- Nous savons tous qu’ils étaient 12 plus UNE ; Oui plus UNE : Marie Madeleine .L’oreille attentive de JÉSUS. La confidente de JÉSUS.
    Je me suis dit pourquoi 4 alors qu’ils sont 13. Qui a décidé , qui a choisi les 4 disciples . Vous remarquerez comme moi que Saint Pierre Le Père de l’Eglise n’est pas un évangéliste. Pourquoi ?
    Et puis la vie de JÉSUS ! Nous savons beaucoup de chose de lui de zéro mois à 12 ans et puis de 30 ans à sa mort . De 12 ans à 30 ans RIEN.Ou presque RIEN. Et pourtant il a été un adolescent . Il a été un jeune homme et un monsieur . Pourquoi tant de silence .
    J’ai eu la chance de lire les écrits de Saint THOMAS. Les écrits de SAINT PIERRE et je sais que très bientôt les écrits de Marie Madeleine (des chercheurs ont trouvé une grande partie de ses écrits-il faut traduire maintenant ° J’ai hâte de lire les écrits de la confidente de JÉSUS. Cette femme qui avec Marie et Jean n’ont jamais abandonné JÉSUS. Marie, Marie Madeleine et Jean ont accompagné JÉSUS jusqu’à sa mort , sa mort sur la CROIX.
    JÉSUS nous a donné ce conseil :"Cherchez la vérité, car je suis la Vérité."
    Merci encore à l’auteur de cette question JÉSUS :Juif ? Chrétien ?

    Article
    Un message, un commentaire ?