Di sak na pou di

Jusqu’à quand ?

Justin / 10 zwiyé 2019

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Nous sommes le 9 juillet 2019, 75 femmes ont été assassinées en France, par leurs conjoints depuis le 1er janvier 2019. Il aura fallu ce nombre aussi effrayant de meurtres et une manifestation à Paris pour que se réveillent la secrétaire d’Etat chargée de l’égalité hommes, femmes et de la lutte contre les discriminations et le Président de la République. Président, qui en 2017 déclarait que le problème des violences faites aux femmes serait une cause nationale, une fake new de plus à son actif.

75 femmes mortes de façon horrible, devant leurs enfants parfois et 219000 victimes de violences sexuelles ou autres. Triste bilan pour une démocratie ! Et ce carnage dure depuis des années, plusieurs mandatures présidentielles, plusieurs mandats de députées femmes qui n’ont pas proposé de lois…… Quelles sont les mesures annoncées ? Un Grenelle des violences pour septembre des bracelets électroniques pour les hommes violents, pas d’augmentation de budget bien sûr. Les associations féminines trouvent que c’est insuffisant et elles ont bien raison. Il faut plus que cela pour que les femmes menacées physiquement puissent échapper à leurs bourreaux avec leurs enfants.

La violence conjugale est un engrenage. La victime est sous l’emprise d’un pervers narcissique violent qui augmente de jour en jour les violences de façon insidieuse, isole sa compagne en lui supprimant contacts sociaux et liberté, la rabaisse constamment et la persuade que c’est elle qui est responsable des actes violents car elle est nulle. Celle qui subit cette pression terrible a peur et honte, où aller quand on ne connait que son foyer ? que faire avec les enfants ? Comment déménager et trouver un travail pour gagner sa vie ? Aller au commissariat pour porter plainte est une épreuve, l’accueil dans ce lieu n’est pas toujours compréhensif, la main courante ne sert à rien, les solutions proposées pour quitter le domicile conjugal ne peuvent être immédiates et c’est l’immédiateté qui devrait primer pour que la famille en danger puisse être en sécurité. Trop de femmes tuées avaient porté plainte avant le crime.

L’exemple de l’Espagne pourrait nous inspirer car de véritables mesures ont été prises dans ce pays et c’est une vision globale du problème des violences qui s’est imposée après un drame. En 1997, une femme Ana dénonce à la télévision les coups que lui portait son ex-mari, 3 jours après il la brûle vive dans son jardin et c’est comme un électro-choc qui mobilise population et responsables politiques. Le gouvernement décide un profond changement dans son attitude vis-à-vis des violences conjugales. Une vaste réflexion est alors menée à tous les niveaux. Il y a une augmentation du budget, ce qui permet l’installation de tribunaux spéciaux et de magistrats spécialisés avec une procédure accélérée pour mettre femmes et enfants en sécurité, la formation de policiers spécialisés eux aussi, à l’écoute des femmes et pouvant les aider de façon efficace. Le nombre de victimes assassinées a été divisé par deux depuis. Hélas, le parti d’extrême-droite, Vox, veut remettre en cause tous ces acquis, ce qui montre que la lutte contre les crimes de femmes est un acte politique, une décision démocratique.

Espérons que le Grenelle à venir débouchera sur autre chose que des mesurettes ! Il faut impérativement une augmentation du budget alloué pour la lutte contre les violences (la France est au 37e rang sur 47), une formation spécifique pour juges et policiers, une aide aux associations, une augmentation du nombre de structures d’hébergement. A ce propos, ce serait à l’homme violent de quitter le domicile conjugal pour aller dans un foyer où il pourrait se remettre en question, alors que sauf rares exceptions et malgré une loi, c’est la femme violentée qui fuit le foyer avec les enfants. Notre société ne doit pas être permissive et considérer comme un fait divers des meurtres commis par des maris, des compagnons, des pères. Surtout ne plus lire ou entendre ces expressions « crimes passionnels », « crimes d’amour », « il la tue parce qu’il ne supporte pas de la perdre ». Vocabulaire machiste, quand on aime on ne tue pas à coups de marteau, on ne poignarde pas des dizaines de fois. Depuis l’école, il faudrait apprendre aux enfants que personne n’appartient à une autre personne car beaucoup de meurtriers considèrent leurs compagnes comme leur bien, dont ils peuvent disposer à loisir comme ils le feraient avec un objet.

En conclusion, le gouvernement Macron doit avoir une vision globale et cohérente de ce fléau de société à travers une loi cadre qui coordonne et regroupe toutes les actions policières, judiciaires et sociales pour qu’enfin nous n’ayons plus à faire le macabre décompte de femmes assassinées. Jusqu’à quand nous faudra-t-il attendre ?

Marylène Berne