Lettre ouverte à Monsieur le Recteur, aux élus et aux chefs d’établissements scolaires

L’amour, c’est pô propre…

26 février 2009

Il a 9 ans. C’est l’enfant de mon frère. C’est le jour de son anniversaire. Je souhaite lui faire un cadeau. Je lui demande ce qu’il désire. Sa réponse est directe, “Titeuf n°2” de Zep. Il restait deux exemplaires en librairie. Je lui achète un exemplaire. Je lui fais un paquet cadeau. Il est très content de son “Titeuf n°2”. Quelques mois plus tard, j’apprends que son père le lui a confisqué.

- Pourquoi tu lui as confisqué son cadeau d’anniversaire ? ai-je demandé à mon frère.

- As-tu lu le livre ?

- Non !

- As-tu regardé le dessin de la couverture ?

- Non !

- As-tu lu la quatrième page de couverture ?

- Non !

Mon frère est furieux et me rend le livre. Ensemble, nous faisons le commentaire. On voit, à la page de garde, une jeune fille et un jeune homme. En ouvrant le livre, il y a quelques scènes que la morale ne saurait approuver.
« - C’est quoi une érection ?

- Tu apprendras plus tard !

- Tu en fais une tête, petit… Tu te demandes ce qu’il y a dans mon gros ventre ?

- Mais non… J’sais bien qu’on vous a enfilé un pénis avec des millions de spermatozoïdes. »

Titeuf a reçu une gifle de sa mère. Son éducation sexuelle s’arrête là. A-t-on besoin de “Titeuf” qui se trouve dans les BCD pour apprendre à nos enfants la sexualité ? L’éducation sexuelle n’est-elle pas le rôle du père et de la mère d’abord et de l’enseignant(e) ?

Pour faire vendre ce livre, à la quatrième page de couverture, il y a ce commentaire qui me laisse perplexe :
« Si on est amoureux, il faut mettre sa langue dans la bouche d’une fille et puis tourner dedans (pour chercher quelque chose sûrement)… Si on trouve rien, il faut prendre une pelle et puis on lui roule une pelle. (enfin, je crois). »

A mon sens, ce livre ne devrait pas avoir de place dans les bibliothèques de nos écoles. Certains détracteurs me diront attention au retour à la censure, au puritanisme exacerbé.

Comme pour les programmes du soir présentés à la télévision, il devrait avoir une indication d’âge souhaitable pour la lecture.
En effet, le CSA a imposé des règles pour la protection des enfants. Pour les films, nous avons eu depuis peu d’années les petites pastilles s’affichant au bas de nos écrans indiquant : moins de 10 ans, de 12 ans, de 16 ans et de 18 ans. Il est vrai que cela existe aussi pour les jeux vidéos. (PC/Nitendo DS/PSP/Play Station), etc…
Le monde de la bande dessinée n’a pas eu ce principe de précaution concernant “Titeuf” qui prête effectivement à confusion de par sa forme, très attirante pour les plus jeunes. C’est la raison pour laquelle cette bande dessinée passe souvent inaperçue aux yeux des enseignants et des parents qui n’ont pas nécessairement le réflexe de lire les ouvrages de leurs bambins.
Par ailleurs, le dessin animé “Titeuf” de la télévision se trouve être ici véritablement accessible aux enfants contrairement à la bande dessinée.
Devant ce genre de situation, c’est donc aux parents de bien faire attention aux supports loisirs de leur enfant.

Je comprends cette publicité à la fin du livre “Tchô”. « Le magazine qui fait la loi dans les préaux ».

Car, pour résumer, dans le cas précis de Titeuf, on peut dire que c’est une bande dessinée dont l’humour se base sur la découverte par les enfants de la sexualité des adultes.
Enfin, les seules personnes pouvant rire de ces histoires sont en l’occurrence les adultes. Car seuls ces derniers peuvent véritablement comprendre ce que l’enfant Titeuf cherche pertinemment à savoir.
On peut même dire que cette quête innocente sert de moteur à l’hilarité des adultes.

Marc Kichenapanaïdou


Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?

Messages

  • Merci pour toutes ces remarques, Marc Kichenapanaïdou, bien que je doute que ces quelques phrases ne fassent l’unanimité. En effet, en furetant sur internet, je n’ai eu que de bonne appréciations sur cette BD "L’amour, c’est pô propre" de Titeuf, de la part des enfants mais également des adultes.
    Le livre est réellement drôle pour un lecteur averti, mais j’ai été choquée de par le fait qu’il soit adressé aux enfants. Mon petit garçon n’arrêtait pas de baragouiner toutes sortes d’insultes et je me demandais bien d’où ils pouvaient bien provenir...
    Hier au soir, il me tend le livre avec un grand sourire et insiste pour que je lise une page bien précise. Je ne l’ai pas sous les yeux, mais je me souviens notamment des termes "couilles molles", ou encore "pédé" et j’en passe et des meilleures !
    Je feuillette le reste du bouquin, et je suis partagée par le fou rire et la consternation.
    Entre "trou de balle" et les parents qui "baisent" ouvertement devant le petit l’air de rien... je suis littéralement fascinée par la vulgarité et le comique qui ressortent de ces pages. Alors voilà. Censurer, je trouve cela un peu fort, mais un fait m’échappe :
    Comment peut on écrire tout cela sachant que ces livres sont destinés à des enfants si jeunes ? Suis-je la seule à trouver cela déplacé ?
    Moi je côtoie quotidiennement la jeunesse de Mayotte parce que j’y réside. Je peux vous dire que ces derniers ne sont pas des enfants de chœur, et qu’entre viols, agressions et autres cambriolages, personne ici n’est à l’abri.
    Et moi, j’en suis persuadée, les images sans cesse plus violentes, ainsi que l’indifférence générale dont ils font l’objet leur font sans cesse repousser les limites de la morale.
    Titeuf, c’est une BD super marrante, et en ce qui me concerne, je ne suis pas contre le fait de relire une fois de plus le livre, mais je refuse que mon fils de sept ans puise son inspiration dedans. Je reste persuadée que l’auteur aurait du réserver le côté "cochon" à un autre personnage de BD qui s’adresserait à des lecteurs plus âgés, et non à un public si jeune.
    Et, sans vouloir mettre en doute les talents de l’artiste, ni même le dévaloriser par rapport à d’autres (puisqu’il m’aura tout de même bien fait rire et qu’il aura su tout même créer tout un univers que l’on a plaisir à retrouver) je trouve que les BD du style "Tintin", "Astérix", "Buck Danny", "Yoko Tsuno", "Thorgal" et compagnie, sont bien plus adaptés aux enfants dans le sens ou les aventures, les voyages, les gags font travailler l’imagination des plus petits dans le bon sens.
    Je veux dire, si nous respectons les enfants, nous avons plus de chances de nous faire respecter d’eux en retour. Leur innocence doit être absolument préservée.
    Par conséquent, il va bien falloir déterminer si Titeuf est une BD qui peut figurer dans les bibliothèques pour écolier ou plutôt pour lycéens.
    Pour ma part, je n’ai pas hésité une seule seconde à chiper l’album des affaires du petit au profit de ma bibliothèque. Et je recommande vivement aux autres parents de faire de même !


Témoignages - 82e année


+ Lus