Un vestige de la société esclavagiste est en train de tomber
11 juin, parCourrier des lecteurs
25 février 2012

« Travail, autorité, respect ». C’est sur ce socle de valeurs que le président-candidat, Nicolas Sarkozy, veut gouverner la France, s’il est de nouveau élu pour un second mandat présidentiel. Et pour donner chair à ces valeurs, il déclare, dans le “Figaro Magazine” du samedi 11 février, être farouchement contre le droit des immigrés aux élections locales ; contre l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples du même sexe ; contre toute évolution législative sur la fin de vie et l’euthanasie ; pour un durcissement des conditions d’obtention d’un titre de séjour après mariage avec un Français et un référendum sur les conditions d’indemnisation du chômage, tout en faisant appel à la culture de l’effort. Pas un mot dans cette interview du “Figaro Magazine” sur la solidarité, une des valeurs maîtresses de la morale républicaine.
Pourquoi et pour quel bénéfice le président-candidat Sarkozy fait-il appel de nouveau à ce socle de valeurs ancrées dans la tradition d’une droite conservatrice ? Cet appel, de l’avis de nombre analystes, est destiné à récupérer un électorat dit « populaire », électorat supposé « égaré » à l’extrême droite et sensible à ces valeurs. Je ne sais si l’électorat dit « populaire » est plus sensible à ces « valeurs », mais je pense qu’il est vrai que personne ne peut gagner une élection présidentielle s’il n’est pas capable de mobiliser la majorité des suffrages des citoyens populaires. Si je pense que cet appel aux « valeurs » du candidat Sarkozy n’est nullement dépourvu d’un certain opportunisme, j’estime que ce discours exprime quelque chose de plus inquiétant pour nos droits et nos libertés, surtout en cette période de crise.
Dans les débats politiques, le discours sur les valeurs tenu par la droite a été et est toujours utilisé pour remettre en cause ou contester certains droits défendus par les plus progressistes. Ainsi, durant la campagne présidentielle américaine de 2004, le camp Bush a exploité la valeur « famille » pour nier aux personnes du même sexe le droit de se marier, la valeur « vie » pour contester le droit d’avorter, la valeur « sécurité » pour brider les droits de défense des prisonniers et limiter la liberté d’aller et de venir. Ce n’est pas sans raison que l’équipe de campagne s’intéresse de près à la réélection de Bush en 2004. Car, pour de nombreux observateurs, les couches populaires ont voté pour Bush parce qu’ils approuvaient ses positions dites « morales ».
Faut-il rappeler que l’appel aux « valeurs » : « Travail, Famille, Patrie » était dirigé à l’époque contre certains droits : droit de grève ou de s’organiser, droit au divorce, droit de s’opposer à la politique du gouvernement ? On peut penser que le projet du candidat Sarkozy n’est pas aussi rétrograde que cela, mais certaines de ses déclarations sont lourdes de conséquences pour nos droits et nos libertés.
Nous savons le sens que Nicolas Sarkozy donne à la notion de « sécurité ». Lorsqu’elle est dirigée contre les jeunes, c’est l’enfermement et l’éloignement. « Le principe d’autorité est le principe même de civilisation », déclare-t-il. Or, comme la civilisation est conçue, par certains à droite, comme l’ordre établi par la police pour protéger les biens et les personnes, l’autorité ne peut que signifier toujours plus de sécurité et toujours plus de police au détriment des libertés. Et lorsque le travail est évoqué, ce n’est pas insister sur le « droit » au travail à travers une politique interventionniste de l’État sur le marché de l’emploi, mais pour insister et glorifier la « valeur morale » du travail, opposée à la « paresse » et à l’« assistanat ».
Que signifie cet appel aux « valeurs » de Nicolas Sarkozy ? Outre son côté opportuniste, n’a-t-il pas une « fonction » cachée, celle de remettre en cause certains de nos droits et de nos libertés ? Je le pense.
Reynolds Michel
Courrier des lecteurs
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