Di sak na pou di

L’ARN structuré en une spirale énantiodromique ?

Frédéric Paulus / 17 janvier 2018

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La question préalable à cette hypothèse qui devrait susciter au-delà de ces quelques lignes un questionnement dans l’imaginaire de chacun de nous fut de s’interroger sur la fonction compensatrice des rêves. Le rêve corrigerait par cette fonction un comportement (ou une attitude pas nécessairement consciente) excessivement orienté dans une façon d’être et donc au détriment d’une autre. Avec la notion « d’habitus », chère à Pierre Bourdieu (qui a été utilisée avant lui par Wilhelm Reich, in Biopathie du cancer, (1948) le rêve corrigerait l’habitus et avec Jean-Pierre Changeux (La beauté dans le cerveau (2016) nous savons que l’habitus se stabilise notamment et surtout au niveau neuronal. Et les rêves sont actifs, justement dans ce même domaine !

Cette compensation par le biais des rêves serait-elle conjoncturelle ou au contraire systématique comme pour rappeler que le « patron » de l’organisme, celui qui exerce sa « suprématie » spécifiante, serait l’ADN, garant de l’individuation ?

Nous rappelons que Nicole le Douarin (embryologiste et Professeur au collège de France) rapporte « l’existence et surtout la fonction, au sein de la cellule, de molécules d’acides ribonucléiques ou ARN enroulées sur elles-mêmes en double hélice semblable à celle bien connue que forme l’ADN dans la noyau », (p. 175), in Les cellules souches, porteuses d’immortalité, (2007). Nous en arrivons à cette déduction qui nous manquait dans la compréhension des rêves de compensation : l’ARN structuré en une spirale exercerait une régulation énantiodromique, favorisant la conjonction des opposés, sur l’ensemble de l’organisme et le premier organe à être concerné par cette régulation serait le cerveau et ses dépendances neuronales, régulant ainsi l’habitus évoqué plus haut. Le Douarin rappelle d’après les travaux de Hans Spemann que pour les cellules embryonnaires, « leur sort est largement déterminé par des signaux qu’elles reçoivent de leur entourage », (p. 174). Le « patron » ADN fixe bien le plan d’ensemble alors que l’aménagement et les finitions (jamais entièrement stabilisées) résultent d’une multitude de variables orchestrées par l’ARN double brin dont on peut imaginer les réajustements et modifications conjoncturelles. « Ces ARN double brin sont capables d’interférer avec le fonctionnement des gènes ». De ce fait, dit encore Nicole Le Douarin, « ils bousculent le dogme central de la biologie moléculaire », (p. 175).

Au fil du temps qui serait celui de la vie aurait émergé cette seconde structure à double hélice de l’ARN lequel aurait comme fonction complémentaire de l’ADN de réguler, rééquilibrer, harmoniser par conjonction des opposés énantiodromiques, selon notre hypothèse, l’ensemble génotype-phénotype en fonction de l’histoire de l’organisme et du contexte écologique et socio-culturel. Cette déduction s’accorderait avec la plasticité, de plus en plus admise, dont fait preuve le génome et notre théorie de la fonction compensatrice du rêve trouverait ainsi ses bases naturalistes.

Faut-il y rajouter la part d’influence que jouent les rôles différents des génomes paternel et maternel dans le développement de l’embryon, qui lui semble se poursuivre en continu ? Nous avons des enfants qui ressemblent phénotypiquement à l’un de leur parent au début de leur vie pour ressembler à l’autre en vieillissant alors que certains épigénétiquement, pourrait-on dire, se différentient fondamentalement, tout en sachant que l’individu est celui qui est unique.

Frédéric Paulus, CEVOI