Di sak na pou di

L’ascension, un appel à l’autonomie et à la responsabilité

Reynolds Michel / 29 mai 2019

« Dieu fait l’homme comme la mer fait les continents : en s’en retirant » Hölderlin

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La fête de l’Ascension, comme nous le savons, est une fête chrétienne qui célèbre la montée au ciel de Jésus de Nazareth, devenu Christ et Seigneur, par la grâce de sa résurrection d’entre les morts. C’est donc la fête qui marque la fin de la vie terrestre du Nazaréen, de sa séparation d’avec les siens. Mais comme toute séparation d’avec celui ou celle qu’on aime est une déchirure d’amour douloureusement ressentie, Jésus a pris le soin de préparer longuement ses proches à son départ, à son retour chez son Père. Il leur a promis qu’il ne les laissera pas seuls, qu’il leur enverra la force de son Esprit comme son Père l’a promis : « Vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit Saint qui descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux confins de la terre. A ces mots, sous leurs yeux, il s’éleva, et une nuée vint le soustraire à leurs regards. » (Actes 1,8-9).

Le temps de l’autonomie

Dans le récit des Actes des Apôtres (Nouveau Testament) qui relate le moment où Jésus quitte ses disciples qui sont là à regarder le ciel, il est dit : « Hommes de Galilée, pourquoi restez-vous là à regarder le ciel ? Celui qui vous a été enlevé, ce même Jésus, viendra comme cela, de la même manière dont vous l’avez vu partir vers le ciel » (Actes 1,11). Pourquoi continuer à regarder le ciel ? Partez d’ici, allez à vos besognes. Le temps du maternage est fini. C’est le temps de l’autonomie, de l’âge adulte, qui commence pour vous ; c’est le champ de la responsabilité qui s’ouvre désormais à vous maintenant. Il y a pour vous un demain à créer et un avenir à bâtir. Pour vous laisser exister en adultes, en bâtisseurs du monde avec la force de mon Esprit, « il est bon pour vous que je m’en aille » (Jean 16,7). Tel est le message de la fête de l’Ascension.
Alors, célébrer l’Ascension, c’est célébrer notre liberté créatrice, notre pouvoir de création. Dieu ne fait pas le travail des hommes. Il ne les garde pas en sujétion, il les libère pour qu’ils soient à son image et à sa ressemblance (Genèse 1, 26-27). Image, ressemblance : des notions qui désignent une tâche à accomplir, un devenir à assumer. « Ce n’est pas en franchissant des distances matérielles qu’on approche de Dieu, mais par la ressemblance, et c’est par la dissemblance qu’on s’en éloigne », nous dit Descartes. Selon l’Évangile, nous devenons toujours plus à l’image et à la ressemblance de Dieu lorsque nos choix et nos actes sont orientés vers le bien. Et somme « si quelqu’un dit : J’aime Dieu et qu’il déteste son frère, c’est un menteur » ; celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, ne saurait aimer le Dieu qu’il ne voit pas », dit Saint Jean (Jean, 4, 20).

Le temps de la responsabilité

Les disciples ont finalement compris qu’il ne fallait pas se laisser enfermer dans le souvenir du passé ; que la vie est faite de séparations, de ruptures, certes difficiles à assumer sur le moment, mais bien souvent libératrices, instauratrices de plus de liberté et de responsabilité pour tracer leurs propres routes parmi les hommes. Alors, ils ‒ Pierre, Jacques, Jean, Paul… ‒ se sont levés, (virgule) parcourant le monde pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres (Luc 7, 22-23), pour révéler que le Royaume de Dieu est en marche avec la force de son Esprit. Que son Esprit est là, pour éclairer, pour soutenir, pour convaincre et pour introduire le levain dans la pâte du monde. Le résultat : c’est la naissance des premières communautés chrétiennes, c’est la christianisation du monde antique…
Alors, célébrer l’Ascension, ce n’est pas célébrer une religion désincarnée, intemporelle, mais bien plutôt la célébration du temps de l’autonomie, la célébration de notre liberté créatrice comme une responsabilité envers les autres. Pas de liberté sans responsabilité. Alors, célébrer l’Ascension, c’est refuser de brader notre liberté, c’est refuser d’aliéner notre responsabilité. C’est prendre le risque d’aller toujours de l’avant, de se battre, de s’engager avec la force de l’Esprit contre le discours de la haine et pour un monde de justice et de paix.

Reynolds Michel