L’attrape couillon

27 mai 2008

Il ne manque vraiment pas d’air, le Secrétaire d’État à l’Outre-mer lorsque, entre deux avions, à Gillot, il déclare, à propos de l’Observatoire des Prix et des Revenus (“l’OPR” pour les initiés), qu’après le temps de l’observation, est venu celui de l’action ! Et que, dans la foulée, il demande « aux rapporteurs des différentes commissions (de lui présenter) dix à douze mesures précises (qu’il pourra) mettre en œuvre dans les semaines et les mois qui viennent » !

A l’entendre, il serait donc pendu, et avec lui tout le gouvernement, aux propositions des “observateurs” pour pouvoir - enfin ! - agir efficacement et - enfin ! - « traiter cette lancinante question du différentiel du coût de la vie entre la Métropole et La Réunion » !

On croit, là, rêver !... On ne savait pas le Secrétaire d’État, et avec lui tout le gouvernement (jusqu’au président de la République), aussi démunis face à cette question qui, pourtant, perdure depuis des dizaines et des dizaines d’années.

Car nous avons eu droit à un véritable appel au secours et gageons que tous les experts de La Réunion - et Dieu seul sait s’ils sont nombreux ! - vont se précipiter “à l’insu de leur plein gré” pour sauver le soldat Jégo et lui faire parvenir leurs propositions, même s’ils savent que cela ne servira pas à grand-chose.... Mais leur image de “responsables” sera sauve !

C’est en tout cas à se demander si le secrétaire d’Etat croit en ses propres déclarations, à moins qu’il ne prenne les Réunionnais pour des niais que l’on peut rouler dans la farine. Car si on avait voulu faire la démonstration que ce « machin » n’est qu’un « attrape couillons », pour reprendre le mot de Raymond Barre, que l’on n’aurait pas agi autrement.

Croit-il pouvoir ainsi faire oublier que pour la mise en place de cet observatoire prévu par la loi d’orientation pour l’Outre-mer de 2000, il a fallu toute une campagne de pétitions.

Croit-il pouvoir faire oublier que depuis, l’Etat n’a pas arrêté de traîner des pieds et que l’observatoire lui-même manque de moyens pour tenter de mener à bien sa mission ? Tous les membres, sans exception, s’en sont plaints.

Croit-il faire oublier que de tous les “observateurs”, l’Etat est le seul à disposer des moyens « d’investigation » et de « coercition » ; qu’il dispose des services économiques de la Préfecture, des douanes, de la répression des fraudes, sans oublier l’INSEE et bien d’autres organismes encore.

Que valent alors ces appels au secours ? A moins de conclure que c’est une question de compétence, ce que personne n’oserait bien sûr.

Enfin, il est une autre question dont on ne parle jamais, mais qui est fondamentale et que le secrétaire d’Etat, en tout cas, ne peut ignorer, c’est que l’Etat est le premier de tous les consommateurs à La Réunion, et de loin le plus gros.

Il est le plus gros consommateur de billets d’avion entre Gillot et Paris. Il débourse des dizaines et des dizaines de millions d’euros pour la fameuse « continuité territoriale », pour la « mobilité », pour le déplacement de ses agents (leur venue à La Réunion, leur départ, sans oublier le transport de leurs meubles, pour les congés bonifiés, sans oublier les diverses missions de ses services, y compris les déplacements du secrétaire d’Etat).

Le parc automobile de l’Etat - qui doit équiper tous ses services - est l’un des plus importants. C’est donc le plus gros consommateur des produits liés à l’automobile : service après vente (réparations, pièces détachées, etc...), assurances et consommation de carburant.

On pourrait ainsi continuer :
• équipement de l’ensemble de ses services en bureaux, bureautique, consommables ;
• construction de tous les bâtiments et équipements publics ;
• logement d’une manière générale, puisque là encore, l’Etat intervient sous forme d’aides, de défiscalisation, etc...

Et même jusqu’à la restauration, puisque les cantines scolaires, par exemple, fonctionnent en partie avec des crédits publics. La liste n’est pas exhaustive. Sans oublier la santé.

Il faudrait même ajouter à l’Etat les collectivités, puisqu’il s’agit de crédits publics.

Dès lors, c’est bien de se préoccuper du porte-monnaie de la ménagère, mais si l’Etat se préoccupait un peu de son propre porte-monnaie ?

Puisque Yves Jégo veut des propositions par douzaines, en voilà une : qu’il mobilise donc tous les moyens à sa disposition pour que le consommateur Etat n’ait pas à subir tous ces surcoûts, tous ces prix « qui n’ont pas de raison d’être aussi élevés ». Qu’il s’en prenne à ces situations de monopole, ces rentes de situation héritées du passé qui viennent grever le budget du consommateur Etat - on pourrait y ajouter les consommateurs collectivités, puisqu’il s’agit là encore d’argent public.

Alors, sans attendre, puisqu’il a annoncé qu’il viendra présider l’assemblée générale de l’Observatoire début juillet, qu’il mobilise ses services, et qu’à cette occasion, il annonce les mesures « précises » et « concrètes » que le gouvernement compte « mettre en œuvre dans les semaines et les mois qui viennent » pour libérer l’Etat de ces surcoûts de « ces choses qui sont choquantes » en matière de prix « qui n’ont pas leur raison d’être aussi élevés ». A la différence de l’Observatoire, le gouvernement et lui-même en ont les moyens. Il est le seul à les avoir. Ce ne sont pas là de simples « niches » fiscales, mais d’énormes cavernes et même sans fond qu’il faut mettre au jour et auxquelles il faut mettre fin.

S’il le fait pour l’Etat, cela ne sera pas sans conséquence - positive bien sûr - pour l’ensemble des consommateurs, et alors, assurément, il sera possible de « redonner du pouvoir d’achat aux Réunionnais ».

Autrement, cet Observatoire restera ce qu’il est, à savoir un « attrape couillon ». Voire, puisque l’on en est à “fêter” le quarantième anniversaire de mai 68, un “piège à c...”.

Et forcément, les Réunionnais, qui ne sont pas aussi niais qu’on croit, finiront par penser qu’il y a pour le moins complicité entre l’Etat - et par conséquent le gouvernement - et tous ceux-là qui font la vie chère, et même très chère, à La Réunion.

Georges-Marie Lépinay
Ancien porte-parole de l’intersyndicale au premier Observatoire des Prix et des Revenus présidé par M. Pêcheur... et qui n’a débouché sur rien.


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