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L’avenir de La Réunion

vendredi 24 juin 2022, par François Maugis


Nos réflexions après le passage sur l’île des deux chercheurs : Josette Garnier et Gilles Billen, Docteurs émérites du CNRS au département de Biogéochimie.


L’avenir du territoire (s’il en a un), comme l’avenir de notre planète, est fort compromis. Enfin, je veux parler de l’avenir d’une seule espèce animale qui, déjà depuis plusieurs siècles, adopte un comportement plus nuisible encore que celui des dinosaures. (Ce qui est d’ailleurs amusant, c’est que c’est grâce à la disparition prématurée de ces monstres que les petits mammifères cavernicoles de l’époque ont pu sortir de leur trou et donner naissance 50 millions d’années plus tard à quelque chose qui pourrait ressembler à des humains).

Où en sommes-nous donc aujourd’hui ? Destruction de la vie et de notre propre maison, guerres, maladies, pollution, etc. Les pessimistes en rajoutent peut-être un peu mais il faut bien reconnaître qu’aujourd’hui tout n’est pas pour le mieux dans le meilleur des mondes. Et la petite ile de La Réunion, du fait de son isolement, craint le pire. Il est vrai que du haut des 3000 mètres de son Piton des Neiges, nous voyons les choses d’un peu loin et les miasmes terrestres semblent nous concerner un peu moins que certaines autres régions du Monde. Il y a déjà 40.000 ans que l’espèce humaine a envahi la quasi-totalité de la planète et on ne peut vraiment pas dire que le résultat soit totalement satisfaisant. Il y a cependant une autre constatation à faire, c’est que l’isolement et la taille humaine de ce territoire, pourrait, si l’on s’en donne les moyens, permettre une évolution plus positive que celle du reste du Monde. Sur une terre souvent fertile, l’eau et le soleil abondent. Et, comme le disait déjà l’ingénieur colonial Maillard, les mille et un microclimats de l’ile permettent ici de cultiver quasiment toutes les plantes alimentaires du Monde. Pour autant, la survie de ses habitants est-elle assurée ? Certainement pas si nous continuons sur les lancées actuelles et, évidemment pas si les miasmes nucléaires d’une nouvelle guerre mondiale pouvaient l’atteindre.

En attendant la fin du Monde, il y aurait tout de même, quelques précautions à prendre. De plus, si nous démontrions que sur cette petite planète en miniature la vie peut se développer de façon plus harmonieuse, il n’est pas exclu que l’île puisse servir de modèle au reste du Monde. Avec les connaissances que nous avons aujourd’hui, cela est parfaitement réalisable. Nos meilleurs limiers scientifiques viennent en effet de nous démontrer que l’île de La Réunion, même totalement isolée du reste du Monde, peut très bien permettre à un million d’habitants de vivre durablement en parfaite harmonie. Il ne serait probablement pas très raisonnable de dépasser ce chiffre mais cela nous donne tout de même une certaine marge de manœuvre et nous allons voir aussi comment cela est possible.

Paris ne s’est pas construit en un jour, le bonheur, sur Terre ou sur une ile, non plus. Si cependant, dès aujourd’hui nous commençons à y organiser la vie autrement, alors là, oui, cela est parfaitement possible. Il resterait donc simplement à définir le but à atteindre et à planifier raisonnablement les choses pour y parvenir. On peut dès aujourd’hui entrevoir le chemin à parcourir et les étapes à franchir. Cet itinéraire pourrait d’ailleurs être revu périodiquement en fonction des réalités du terrain. Il faudra probablement revoir de fond en comble certaines attitudes, certains comportements, certaines pratiques. Mais si le résultat final, c’est le bonheur et l’harmonie de tout un territoire pour tous ses habitants (et qui peut vivre heureux au contact du malheur des autres ?) alors, je pense que le jeu en vaut la chandelle. Faites l’amour pas la guerre, disait-on en 1968. Si l’on complétait cette maxime par : « Faire moins d’enfants mais les élever mieux – Comprendre progressivement qu’une sobriété assumée vaut mieux qu’une course désespérée après la profusion, le superflu et qu’organiser son paradis vaut mieux que s’épuiser à la recherche du pouvoir » alors l’horizon devrait s’éclairer – et si l’on veut se dépasser, il y a un monde d’activités à développer pour améliorer la qualité des choses. Cela en tout cas est préférable au choix destructeur du quantitatif.

François-Michel Maugis, Président de l’association Energie Environnement.
Ex animateur régional en maîtrise de la qualité pour les CCI de Normandie et de La Réunion


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