Di sak na pou di

L’émission « Archipels » sur l’enseignement de l’esclavage et la mémoire de son abolition : un travail « gros doigt »

Jean-Paul Ciret / 20 août 2021

Affiche alléchante s’il pouvait en être, mercredi soir 18 août, avec la programmation sur Réunion 1ere TV d’une émission sur l’enseignement de l’Histoire de l’esclavage à la Réunion, son abolition et sa mémoire, dans nos écoles, collèges et lycées.

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En 1976, voilà comment était célébré le 20 Décembre, par les travailleurs, et seul "Témoignages" en parlait.

Il ne s’agit surtout pas, pour nous, de décrier l’ensemble de l’émission, il s’en faut, en particulier du fait de l’engagement sincère d’enseignantes pour traiter de façon innovante cette importante question dans le contexte réunionnais. Je ne tairai pas toutefois la malaise qui s’est emparé assez rapidement de moi, car des collègues du primaire et du secondaire n’avaient pas attendu les vingt dernières années et les instructions officielles pour traiter ce sujet dans leurs classes et à la faveur de sorties et d’excursions dans les Hauts de la Réunion, mais mieux vaut tard que jamais.

L’émission l’a révélé, l’attente des jeunes sur la connaissance de leur Histoire est indéniable et exigeante. Raison de plus pour ne pas leur en cacher certains aspects essentiels. C’est ainsi que l’on nous a présenté un Monsieur Boyer comme « spécialiste » de la question, mais le problème c’est qu’il a totalement occulté la célébration du 20 décembre 1848 par les militants du PCR, bien avant 1981 et le décret l’établissant comme jour férié en 1982, affirmant sans sourciller que l’on devait cette célébration aux socialistes !

« Exit » donc des camarades comme Ary Payet à Saint-André et Bras-Panon, Gilbert Ramin à Saint-Benoit, et Jérome Lusinier à Sainte-Rose, Elie Hoarau ou encore la famille Lagarrigue à Saint-Pierre, les municipalités démocratiques du Port, La Possession, Saint-Louis à partir de 1971. Et tous ces militants anonymes qu’on ne peut malheureusement tous citer et qui, dans de très nombreux quartiers, avec des moyens limités, fêtaient le 20 décembre avec la claire conscience de marquer le souvenir d’un moment historique. Il suffit de relire « Témoignages » de cette époque.

Rien de précis non plus sur le véritable « black out » des Autorités, de la TV et la Radio Debré qui, le 20 décembre, où nous étions encore en classe à cette date, jusqu’au 22 ou 23, certaines années, ne soufflaient le moindre mot : ce jour était un jour banal, comme un autre, les mots « abolition » et « esclavage » auraient sans doute écorché la bouche de ces gens, comme Vincent Dolor, à la solde honteuse de Michel Debré !

Passer sous silence sciemment, comme cela a été fait, le rôle du Parti de Paul Vergès dans le souvenir de la célébration du 20 Décembre, de Bruny Payet comme Président du Comité pour l’organiser de façon grandiose (comme ce fut le cas dans de très nombreuses communes dont Saint-André) constitue une véritable insulte, au – delà des personnes, à l’Histoire de La Réunion. Mais c’est aussi mépriser la jeunesse actuelle, tout à fait en mesure comme l’émission l’a heureusement montré de comprendre les véritables ressorts de son Histoire.

Faut-il s’étonner, une fois de plus, que Réunion Première, télé publique ait accepté de se prêter à cette grossière falsification ? Mais comme le chante le maloya « Ti pas, ti pas », la vérité saura faire son chemin !…

Jean-Paul Ciret