Di sak na pou di

L’énantiodromie : Yin et Yang, égoïsme et altruisme, etc.

Frédéric Paulus / 24 janvier 2018

JPEG - 14.3 ko

Il nous faut être plus précis pour approcher la notion apparemment paradoxale d’énantiodromie qui fut attribuée à Héraclite.

L’évocation de l’image ci-dessous devrait parler à nos amis Chinois. Elle symbolise l’harmonie du monde qui serait maintenue grâce au Yin et au Yang, deux forces complémentaires en éternel changement. Ceci nous paraît « étranger » car nous avons occulté, en Occident, la dimension de la physique (quantique) de la biologie. Ce sujet mériterait à lui seul un autre courrier.

Ce qui est à souligner ce sont ces deux cercles qui pourraient être plus larges en superficie. Cette traditionnelle représentation imagée fige quelque peu sa possible réalité changeante. Lorsqu’un pôle est ignoré, la réaction de compensation élargirait le cercle opposé pour la rendre consciente et influente afin de maintenir cette harmonie supposée. Selon nos travaux, les rêves se chargeraient de cette compensation.

Je garderai à l’esprit la réaction de Frédéric Tsang King Sang, alors Président de l’association CEVOI. Lorsqu’une institution publique qui devait subventionner un programme de recherche action nous demanda de modifier notre programme, notre ami Frédéric nous aura dit : « Ceux sont eux qui nous aident financièrement, alors il nous faut leur obéir et ensuite leur faire entrevoir une autre réalité. La confrontation ne sert à rien. »

Un autre exemple serait l’opposition supposée de : égoïsme (---) altruisme. Le biologise Richard Dawkins aura eu une part d’influence sur cette tendance hégémonique à vouloir affirmer dans son ouvrage, « Le gène égoïste » (1976), une « vérité » qui ne serait que partielle. Selon sa vision, « nous serions des robots programmés à l’aveugle pour préserver les molécules égoïstes connues sous le nom de gènes et les propager ». En France, nous avons Henri Atlan notamment, qui fut invité par l’université de la Réunion pour présenter une thèse opposée selon laquelle nous ne serions pas programmés de façon aussi fixiste et rédhibitoire que cela. Ouf ! Enfin, une antithèse est venue nuancer cette hégémonie idéologique du « gène égoïste » avec la publication de l’ouvrage « Le gène généreux Pour un darwinisme coopératif » (2009) de Joan Roughgarden (née en 1952), professeur à Stanford, spécialiste d’écologie comportementale. Dans sa théorie de l’évolution par la « sélection naturelle », Darwin a ajouté un second processus, qu’il baptise « sélection sexuelle ». D’abord pensé pour expliquer les caractères exubérants des mâles, comme la queue du paon, ce concept a, par extension, servi à définir des rôles sexuels stéréotypés, le mâle devant conquérir et la femelle pouvant choisir. Appliquée à l’espèce humaine, cette théorie de la « sélection sexuelle » a pu servir d’explication (voire de justification) du viol, de l’infidélité ou de la pornographie. Joan Roughgarden rejette ce modèle en s’appuyant sur les faits accumulés par la biologie. Il existe, par exemple, des espèces où la femelle est la combattante, colorée, et le mâle prend soins des petits. On compte en outre chez les animaux des comportements homosexuels, des individus transgenres, et des espèces où cohabitent plus de deux « genres ».

Les explications post-darwiniennes en termes de sélection sexuelle se sont inspirées également du paradigme du « gène égoïste » où dans la nature tout ne serait que conflit, égoïsme, profit. Contre cette image d’une guerre des sexes généralisée, Roughgarden propose une alternative énantiodromique qu’elle appelle « sélection sociale », mettant en avant le travail d’équipe et la coopération entre les partenaires : l’altruisme.

L’énantiodromie : ou la conjonction des opposés.

Frédéric Paulus, CEVOI