’L’enfer des bègues’

24 mars 2009

TF1 vient tout récemment de produire un sujet, intitulé "L’enfer des bègues". Il s’agissait d’attirer l’attention du public sur les difficultés généralement insoupçonnées que peuvent rencontrer les bègues dans leur vie personnelle, familiale et professionnelle.

Les divers interviews et commentaires ont fait état de souffrances psychologiques pouvant conduire à la dépression ainsi que de handicap lourd devenu chronique après un certain stade.

Cette grille - filtrant - les mots qui coulissent au gré de sa fantaisie entre notre interlocuteur gêné ou moqueur et nous mêmes nous impose un langage aussi saccadé que saccagé, et nous inflige les plus grandes peines à nous faire entendre en ce monde où l’expression orale semble avoir pris le pas sur tout autres formes de communication.

Un acte aussi banal que l’achat d’une baguette de pain peut nous reléguer dès les premières lueurs du jour à la condition idiote et ridicule de l’élève publiquement interrogé et incapable de réciter sa leçon. Il est alors facile d’imaginer les effets négatifs sur nous mêmes et notre entourage qui peuvent accompagner le déroulement d’une journée ordinaire. Ne parlons pas de circonstances où une intervention orale claire et précise s’avèrerait de la plus haute importance.

TF1 a choisi de présenter notre handicap à travers le prisme d’un stage, funestement dénommé "stage de la dernière chance", destiné à un public, nombreux (3.300 à ce jour), ayant épuisé toutes les ressources offertes par les thérapies conventionnelles.

Je me garderai bien d’apporter un jugement sur le bien fondé de ce stage basé sur l’harmonisation du contrôle respiratoire et de la prise de parole par le biais de contractions exercées au niveau du bras. Cependant le bègue que je suis ne saurait cacher sa profonde satisfaction à la vue d’anciens bègues acceptant de joindre leurs efforts pour venir en aide à leurs frères et sœurs en bégaiement.

Ma pensée accompagne aussi et surtout ces stagiaires bègues qui tentent par tous les moyens de fuir la bulle de silence ou de parole crucifiée dans laquelle les maintient l’indifférence des pouvoirs publics en général et médicaux en particulier.

Ces gens, comme le relate l’émission de TF1, parfois même au prix de lourdes concessions à la dignité humaine si l’on en juge par certaines des postures que leur a imposé le stage, refusent d’accepter l’inacceptable.

Je pense, en effet, pour l’avoir expérimenté à mon modeste niveau et n’en déplaise aux théories thérapeutiques ambiantes, que la solution à notre infirmité réside essentiellement dans sa non-acceptation, clairement affichée et totalement assumée. Au cas contraire, une atmosphère insupportable de soumission au mal, d’interrogations et d’insatisfactions va continuer d’alimenter le sempiternel mystère du bégaiement.

François Estève


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