« Route de la soie polaire » : La Réunion face au déplacement des routes maritimes mondiales
19 août, parConséquence de la fonte de la banquise et de la guerre au Moyen-Orient
16 mars 2007

À travers son émouvante déclaration d’amour à la France et aux Français, le Président sortant Jacques Chirac, drapé dans son habit anti-républicain de “chef de l’État”, a laissé percer l’autre soir un sentiment d’impuissance et de résignation devant des forces qui semblent de loin le dépasser, après bientôt douze années de mandat à la tête du pays : « J’aurais voulu, bien sûr, - mais l’a-t-il voulu vraiment ? - bousculer davantage les conservatismes et les égoïsmes pour répondre plus vite aux difficultés que connaissent certains d’entre vous ».
Justement, c’est le libéralisme, « puisqu’il faut l’appeler par son nom », même si le Président rêve de le voir un jour avec des « freins », qui a laissé impunément « se creuser le fossé entre une partie du monde de plus en plus riche et des milliards d’hommes, de femmes et d’enfants abandonnés à la misère et au désespoir ». De même qu’il a permis et favorisé, à l’échelle de toute la planète, le développement des « conservatismes » destinés à garantir et à pérenniser les avantages exorbitants de quelques-uns et la satisfaction sans limites des « égoïsmes » ; pour déboucher sur un monde aussi inégalitaire que le Président chef d’État de la République française a décrit dans son discours.
Il faut donc lui rendre cette justice qu’il n’a pas pu et qu’il ne peut pas, de son propre fait, y changer grand-chose, même s’il le souhaitait ardemment de tout son cœur. Car il est prisonnier et complice d’un système, fondé sur ce qu’on appelle l’économie de marché, qui a ses propres lois - bénéfiques pour une minorité, implacables et profondément injustes pour le plus grand nombre. Et c’est ce même système que défend, avec encore plus d’ardeur et d’habileté, son ministre-candidat Nicolas Sarkozy, derrière ses virevoltes, ses appels déchirants au peuple et à la nation, ses invocations à Jean Jaurès et ses grands serments sur la rupture. C’est aussi celui de François Bayrou mais avec des nuances, tout en se payant le luxe de faire le procès des pratiques les plus condamnables d’un gouvernement qu’il a si longtemps approuvé. Et c’est encore le même, hélas ! dans lequel risque de tomber à nouveau la candidate Ségolène Royal si elle s’éloigne des principes généreux qui l’ont guidée dès son entrée en campagne à travers ses formules innovantes comme la “démocratie participative” et si elle ne se démarque pas de la social-démocratie, qu’elle hérite de son parti, et qui a fait perdre les gouvernements de gauche en France après la victoire de François Mitterrand, parce qu’ils n’ont pas répondu aux principales attentes du peuple.
Que reste-t-il alors, me direz-vous ? Mais tout, c’est-à-dire la République, à construire de fond en comble et de toute urgence, à partir de son sens originel Res-publica, l’affaire publique de tous. La République, dans le sens, à développer jusqu’à l’infini, de sa magnifique devise aux trois mots indissociables : Liberté, Égalité, Fraternité. Et pour commencer, il faudrait saisir l’occasion de la Présidentielle pour élire enfin la République avant même de penser à élire son Président !
Georges Benne
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