Di sak na pou di

L’ESA Réunion : Une école impliquée

« Agis dans ton lieu, pense avec le monde » E. Glissant

Courrier des lecteurs de Témoignages / 11 mai 2018

A quelques encablures des épreuves du baccalauréat et de la 2e session du concours d’entrée à l’Ecole Supérieure d’Art de La Réunion, programmée pour les 2,3,5 et 6 juillet prochains, focus sur l’un des opérateurs majeurs de l’enseignement supérieur du territoire réunionnais, qui offre à de nombreux lycéens un large éventail de possibilités pour construire leur avenir et leur intégration dans le champ économique.



L’ESA Réunion est le seul établissement d’enseignement supérieur francophone à délivrer des diplômes en art dans l’Océan Indien. Avec un effectif moyen de 135 étudiants répartis sur 5 années (auxquelles nous avons ajouté une 6e année depuis 2 ans), notre établissement dispense des enseignements en adéquation avec les exigences du secteur de la création et des évolutions sociales, économiques et politiques de notre société. Ils sont assurés par une équipe de 13 professeurs issus du champ artistique et culturel (artistes, designers, théoriciens, critiques d’art, commissaires, chercheurs en art…), accompagnés par des assistants d’enseignement et des techniciens dans les domaines de la fabrication et des médias (bois, céramique, estampe, photo, vidéo, son, infographie…). La pédagogie s’enrichit régulièrement d’interventions extérieures d’artistes et opérateurs du monde de l’art actifs sur la scène régionale, nationale et internationale.
Les études se déroulent en trois phases : la phase d’initiation, au cours d’une première année dite « propédeutique » permettant à l’étudiant de choisir son cursus au sein de l’école, la phase « programme » en 2 ans ouvrant sur l’obtention d’un DNA (Bac+3) puis la phase « projet » en 2 ans ouvrant sur le DNSEP (Bac+5) option art mention paysage. Articulée autour de l’expérimentation et de la création, la pédagogie s’appuie sur une pratique collégiale du jugement et de l’appréciation, une relation privilégiée avec le monde professionnel et souhaite une place prépondérante au processus d’autonomisation de l’étudiant. Elle intègre à la fois une initiation à la recherche (adossée au laboratoire de recherche API — Art, paysage, insularité—) et le développement du projet personnel.
L’année est rythmée par des Workshops réguliers qui peuvent se dérouler hors les murs (Artsud, la Cité des Arts, le FRAC, Kazkabar par ex.) et qui proposent aux étudiants une immersion de 15 jours sur des projets dans des domaines diversifiés (céramique, estampe, volume, photo, vidéo, design, etc.). Les ARC (ateliers de recherche et création) sont de retour, permettant de renforcer l’adossement à la recherche autour de 3 axes reliés aux problématiques du laboratoire API (art paysage insularité).
L’activation de modules consacrés au commissariat d’exposition positionne la galerie de l’école comme un outil de professionnalisation à l’articulation de la pédagogie et de la recherche, ouvert sur les collections publiques de l’île (Musée Léon Dierx, Collection de la Ville de Saint-Pierre, Iconothèque, FRAC…) comme sur les ateliers des artistes de la région. En lien direct avec la galerie, L’ESA travaille à l’ouverture d’un espace virtuel d’exposition, et à la création d’une revue en ligne, fabriquée avec et par les étudiants, les enseignants, et en lien avec les acteurs du territoire, contribuant ainsi à l’émergence d’un appareil critique.
La recherche est portée par des enseignants-chercheurs de l’établissement. L’école a ouvert une 6e année permettant aux étudiants de continuer au sein de l’établissement leur parcours de recherche et de professionnalisation, et accueille depuis le début de l’année de jeunes artistes-associés au sein du laboratoire (Cathy Cancade et Clothilde Provansal). A noter quelques temps forts du calendrier : la semaine du Design organisée par Nexa/Innovons La Réunion au cours du premier semestre de l’année universitaire, le Forum Interprofessionnel des Arts Visuels (FIAV) en partenariat avec Lerka et Cheminement avec le soutien de la Région et de la DAC-OI, la venue de Paul Ardenne en novembre 2017 pour une semaine de séminaire, l’édition début 2018 des actes du colloque international « L’image et son dehors » intervenu en mai 2015, et l’organisation régulière de séminaires de recherche du laboratoire API et de rencontres/ateliers avec intervenants extérieurs dans le cadre des ARC, à destination des 4e, 5e et 6e année.
L’année écoulée a été charnière, avec la mise en place d’une nouvelle organisation des études visant à consolider l’option Art et à formaliser différents parcours (pratiques performatives, design, photo, art et culture numérique, art du vivant, vidéo, pratiques curatoriales). Par ailleurs, grâce à la forte implication des partenaires financiers de l’EPCC, des solutions ont pu être mises en œuvre afin d’améliorer les conditions de travail des étudiants au sein de l’école. Ainsi la mise à disposition par la Mairie de nouveaux ateliers dans la « Friche Culturelle du Port » permet aux étudiants de bénéficier de 170m2 supplémentaires à proximité immédiate d’artistes et de designers professionnels, les positionnant au cœur d’une belle synergie créative. De nouvelles salles de classe, installées dans des modules préfabriqués grâcieusement offerts par la Région, ont pris place dans la cour de l’école depuis janvier, permettant le déroulement des cours théoriques dans des conditions optimales. Ces deux nouveaux locaux ont pu être aménagés grâce à l’engagement des partenaires privés comme Fibres Réunion et Mauvilac qui accompagnent l’école par des dons de matériaux et d’outils. 2017 a vu la création d’une plate-forme de professionnalisation des jeunes diplômés. La Semeuse, coordonnée par Diana Madeleine, financée par une bourse du Ministère de la Culture, a pour objet l’accompagnement de la très jeune création par le biais notamment de parcours de résidence et d’expositions (celle des félicités à chaque rentrée, et l’actuelle exposition de Yasmine Attoumane à la Saga du Rhum), mais aussi d’interventions dans le territoire de la ville par les jeunes artistes. Ainsi dans les quartiers Ariste Bolon et Hibiscus, un projet d’embellissement est en cours de montage, en partenariat avec la SHLMR et les associations du quartier.

Une école ancrée dans ses territoires

L’ESA Réunion, c’est l’Europe dans l’océan Indien, et c’est l’océan Indien en Europe… Notre double ancrage géographique est un formidable atout. Nos étudiants sont certes à 10 000 kms des capitales européennes, mais ils sont à quelques encablures de Port-Louis, Tananarive, Durban, Maputo, Chennai. Ouverte sur la cité, sur l’île, l’Océan Indien et sur le monde, l’ESA Réunion développe son activité au cœur d’un riche réseau de partenaires dans les secteurs de la formation et l’enseignement supérieur, notamment l’Ecole d’Architecture et l’Université de La Réunion, l’ESA de Nîmes, l’ESAD de Limoges… et nous prévoyons cette année encore un beau programme d’échanges au niveau Européen (Espagne, Islande, Angleterre, Norvège, Grèce, Belgique, Autriche, Allemagne, Islande…) mais également avec l’Afrique du Sud (la DUT à Durban), et bientôt le Mozambique, l’Inde, et l’Ile Maurice.
L’école s’engage fortement dans la vie culturelle du territoire par le biais de collaborations avec des opérateurs de la scène artistique de l’île (FRAC, Cité des Arts, MADOI, Téat de Champ-fleuri, Conservatoire Régional de Région, Electropicales, Kabardock, Lerka, Cheminement, Artsud, Kazkabar, Lalanbik, Danse An l’R, etc.), permettant aux étudiants d’aller à la rencontre des professionnels au moyen d’une programmation régulière de conférences, de colloques et autres séminaires, de stages mais aussi d’ateliers-résidences. Les événements de la galerie de l’école (expositions, restitutions de workshop, performances…) sont ouverts au grand public et placent l’établissement au cœur de la vie culturelle de la cité. De même pour le programme de cours publics, qui continue de s’élargir, offrant aux amateurs l’opportunité d’investir les ateliers pour les cours de modèle vivant, histoire de l’art, gravure, céramique…

Nombreux sont les exemples de diplômés de l’Ecole qui ont accompli un parcours brillant et qui sont aujourd’hui insérés dans le champ de l’art contemporain (en design, arts visuels, critique de cinéma, médiation culturelle, commissariat, etc.). Ces artistes formés à l’école participent au rayonnement de La Réunion et de la France dans le monde. Un grand nombre d’entre eux vient nourrir la pédagogie et la recherche dans l’établissement, en tant qu’intervenant extérieur ou enseignant permanent.
De Mickaël Dejean, designer basé à Paris, plusieurs fois récompensé pour ses créations (dont le prix du Paris Design Week en 2014) à Mounir Allaoui, vidéaste, qui a créé sa propre revue « Mondes du Cinéma », à laquelle collabore des grands noms de la critique cinématographique (Pascal Bonitzer, Jean-Paul Fargier, etc.), en passant par Yohann Quëland de Saint-Pern et Myriam Omar Awadi, qui ont exposé au Centre Pompidou Metz et au Palais de Tokyo, et ont participé à la FIAC en 2017.
L’équipe pédagogique est forte de ses artistes et auteurs, formés ici, formés ailleurs, et dont les productions viennent prendre part au concert très riche et diversifié de la création contemporaine à La Réunion et dans le monde… Stéphanie Hoareau (Biennale de DAKART 2012, Joburgh Art’Fair 2014, Musée des Beaux Arts de Dôle 2017), Esther Hoareau (Joburgh Art’Fair 2014, FRAC-Réunion 2017), Cristof Dènmont (diplômé de l’ENSBA de Marseille), Clothilde Frappier (pensionnaire de la Casa Vélasquèz et diplomée de l’ENSAD de Paris), Florans Féliks-Waro (diplômée de l’ENSBA de Paris), Sasha Nine (Diplômée de la St Martins College of arts and design de Londres), Tiéri Rivière, Reynald Alaguiry, Noémie Brion, Pierre-Louis Rivière, Cédric Mong-Hy, Migline Paroumanou… Les étudiants sont accompagnés dans les ateliers par des assistants d’enseignement et des techniciens qui s’impliquent à l’école depuis de très nombreuses années et qui sont pour certains reconnus pour leur grande technicité dans le montage d’exposition : Pascal Arlandon, Patrice Dijoux, Kelly Niloky, Sylvain Ballée, Jean-Pierre Filain et Yannick Chane Fui. Les théoriciens ne sont pas en reste, dont les travaux sont ancrés dans la réalité culturelle du territoire et développent une expertise et un regard critique à travers des projets de curatoring et/ou d’édition notamment sur les arts visuels à La Réunion et dans l’océan Indien : Yves-Michel Bernard, Nathalie Gonthier, Diana Madeleine, Markus Arnold, et notre regrettée collègue Aude-Emmanuelle Hoareau, qui a écrit sur les artistes réunionnais et dont la réédition des travaux est envisagée.

Un maillon essentiel dans l’économie de la création

La créativité est la faculté à créer des idées nouvelles qui peuvent se concrétiser dans des activités d’ordre fonctionnel comme l’architecture ou le design, ou des pratiques plus autonomes comme les arts visuels. L’économie créative a une définition encore évolutive1, et désigne un secteur regroupant des activités nécessitant des compétences d’inventivité esthétique et artistique et générant des revenus. Elle est fortement liée aux territoires, elle varie donc d’un lieu à l’autre et n’est pas délocalisable car son moteur n’est plus capitalistique mais cognitif et créatif. Nous sommes à l’ère du hack et du code mais aussi de l’impression 3D, qui est en train de révolutionner l’industrie mondiale, en décentralisant les zones de production des usines directement chez le particulier.
Dans le contexte d’internationalisation croissante que nous connaissons, soumis au rythme soutenu du changement et à l’introduction continue de nouvelles technologies, l’ESA réaffirme ce qui constitue son ADN : la nécessaire implication de l’artiste dans la cité, et le rôle de l’art et de la création dans les dynamiques de développement du territoire.
L’école se positionne non seulement comme lieu de formation de l’excellence dans le champ de la créativité, comme facteur de mise en lien entre les étudiants et les acteurs des industries créatives, mais aussi comme catalyseur de la pensée critique. Questionner les outils et leur utilisation, mettre à mal les concepts (la créativité, l’innovation, le progrès, la productivité…), interroger les modes de production et de fabrication… De nouvelles formes de collaboration sont à l’œuvre, transversales et fertiles.
Ces nouvelles pratiques passent également par un retour à l’atelier, à l’apprentissage de l’autonomie, au plaisir de l’élaboration du concept, de la création et du geste, les mains dans la matière !

Pour tous renseignements sur les dates et les modalités du concours d’entrée :
http://www.esareunion.com
contact@esareunion.com
Tél : 02 62 43 08 01

Patricia de Bollivier
Directrice de l’ESA Réunion