Quand le communisme chinois séduit l’Américain
13 juin, parLe monde a changé
8 septembre 2004

Le conflit qui oppose les travailleurs des centrales thermiques du Gol et de Bois-Rouge à leur direction me rappelle la situation vécue en 1982 dans la société de distribution d’eau dans laquelle je travaillais. Nous nous battions à l’époque pour l’application de la convention collective des distributeurs d’eau alors que nous relevions de la convention du bâtiment. Un document avait été signé afin de faire bénéficier notre personnel de ladite convention mais ce document “dormait” dans un tiroir.
Après plusieurs réunions, plusieurs démarches etc... rien n’avait été décidé par le directeur et il ne restait plus aux travailleurs que l’ultime arme de la grève. En personnes responsables, nous avions décidé également de ne pas pénaliser les Réunionnais, car notre mouvement serait devenu impopulaire.
Il y eut quinze jours de grève. Une grève dure, avec les pressions, les mensonges, la peur de certains personnels et, en plus, la mauvaise foi du préfet de l’époque qui avait réquisitionné certaines personnes pour travailler. La preuve qu’il ne connaissait pas notre dossier était flagrante puisqu’il ne pouvait pas nous obliger à travailler étant donné que nous relevions du bâtiment.
Aujourd’hui, que voyons-nous ? Un patron qui ne veut pas discuter et qui - dans ce que l’on appelle en créole "le ladi lafé" - joue lui-même à se faire peur. Il voit la surenchère, le sabotage, l’irresponsabilité partout. Zot i koné koman i di an kréol ? Torti i voi pa son ké.
Alors il prévient la gendarmerie. “On ne sait jamais”, doit-il se dire. Mais dans tout cela, il feint d’oublier qu’il doit se mettre autour d’une table pour discuter. Le personnel lui a accordé suffisamment de temps et ce dernier a agi jusqu’à présent en personnes responsables.
Une chose est à remarquer et ceci est valable pour toute entreprise : quand il n’y a pas de conflit (ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de problèmes), le personnel est jugé compétent, honnête, les qualificatifs élogieux ne manquent pas. Dès que la tension monte un peu, alors là les travailleurs “font de la surenchère”, sont “malhonnêtes” et prochainement ces mêmes travailleurs seront catalogués comme “terroristes”.
Vous savez, une grève n’est pas une fin en soi. Quand les travailleurs décident de se mettre en grève, c’est qu’ils considèrent que la plaisanterie a assez duré. En tout cas, dans ces deux centrales, je suppose que le dialogue social prime.
Alors, brandir la menace de sanctions pénales, des gendarmes, d’arrêt brutal de l’installation, en un mot "fé pèr do moun" cela ne sert à rien car l’essentiel c’est de se concerter et de trouver entre partenaires sociaux une solution au problème. Nul ne peut signer un accord à leur place.
Pour conclure, je dirai que certains se sentent pousser des ailes car le pouvoir en place leur est favorable. Il n’y a pas longtemps, le patron du MEDEF en France devait dire au Premier ministre que les entreprises n’avaient rien eu avec le gouvernement. Donn in p’ti moné don ?
Claude,
Saint-Benoît
Le monde a changé
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