Di sak na pou di

L’homme aux deux casquettes

François Maugis / 4 juin 2019

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Je suis né il n’y a pas très longtemps dans un petit village des hauts, ce qui m’a permis d’observer de loin le petit territoire où je suis né. Mais je ne suis pas né de la dernière pluie non plus. J’ai eu le temps de faire le tour de mon ile plusieurs fois, de passer par les bas et par les hauts, de parler avec les grands comme avec les petits personnages de l’ile. Je suis même monté à Paris puisque c’est là, m’a-t-on dit, que tout se décide. J’ai échangé, écouté, écrit, (mais on ne m’a pas toujours répondu), entendu, lu et j’ai vu. Et là, je me suis rendu compte de mon erreur fractale. Comment en effet, imaginer une couronne humaine si moche posée sur une montagne si belle ?

Je dois vous avouer que j’ai mis longtemps à comprendre cette effervescence insulaire si éloignée du calme de son cœur et de ses pentes. Et tous ces bateaux, tous ces avions qui circulent autour de notre beau cailloux, est-ce seulement pour l’admirer ? Quant aux autochtones dont je fais partie, pourquoi circulent-ils tant dans les bas et si peu dans les hauts ? Tout s’est éclairé le jour où j’ai compris que nos édiles étaient presque tous des hommes (et des femmes) à deux casquettes. Je me souviendrais toujours de cette haute personnalité réunionnaise qui, un soir à la télévision nous dit pis que pendre du pouvoir central qui méprise tant les Réunionnais et qui le matin rigole et se tape sur le ventre avec le Préfet.

J’ai mis longtemps à comprendre car tout cela est caché, bien sûr. En réalité, loin des yeux loin du cœur. Ces confettis de l’Empire c’est très bien pour le prestige et quelques menus avantages dans la stratégie internationale de la France mais on ne va pas s’emmerder à se colleter la gestion de ces sauvages lointains. Alors, on continue tout simplement cette politique éculée d’un colonialisme qui a fait ses preuves. On dore la pilule de quelques personnalités locales de confiance en les arrosant abondamment d’avantages divers et évidemment financiers. À charge pour eux de gérer, au mieux les intérêts de la France. Quant au peuple, débrouillez-vous, on ne veut pas en entendre parler. Mais pas fous les édiles, tels des enfants gâtés, ils vont régulièrement pleurer à Paris pour réclamer plus de sous. Double avantage de cette politique de tartuffe : je récolte plus d’argent et je démontre à mon peuple que je me bats pour lui.
 
L’homme au gilet couleur arc en ciel.
La Réunion