Di sak na pou di

L’homme (universel) plus fort que les nations

François Maugis / 23 juillet 2018

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Oui, l’homme, l’humain, la notion même d’humanité, tout cela est autre chose que la notion de nation, de région, de tribu ou même de famille. L’histoire de l’humanité, elle-même, est une histoire de femmes et d’hommes qui, individuellement, ont affronté mille périls.
Avant même la constitution de nations, les humains avaient déjà parcouru le Monde. S’il est vrai que, dans certaines circonstances le groupe est plus fort que l’individu, que serait la valeur du groupe sans la valeur de son chef et des membres qui le constituent ? Deux hommes sont plus forts qu’un seul, c’est vrai, mais la stratégie, l’idée qui préside à l’action ne peut naître dans plusieurs cerveaux à la fois. C’est finalement la valeur individuelle de chaque individu qui fait la valeur du groupe.
Que serait une nation sans les hommes brillants, éclairés, épanouis qui tirent les consciences vers l’amélioration permanente de l’humanité ? Finalement, la valeur d’une nation se mesure à sa capacité de permettre l’épanouissement des hommes. On ne va pas polémiquer pour savoir si l’homme est naturellement bon ou méchant. Tout dépend probablement de facteurs d’épanouissement plus ou moins favorables. Comme le chien méchant, l’homme n’est agressif que si physiquement ou moralement, il est lui-même agressé. Mais ce qui est le plus extraordinaire, c’est qu’au-delà du contexte et des circonstances, la valeur de l’homme peut encore s’exprimer. On peut même penser que, dans certaines circonstances, les difficultés de la vie, les épreuves peuvent exacerber la valeur et l’énergie des hommes.
On connaît mal la vie de Jésus mais tout laisse à penser que sa valeur a été nourrie de l’influence d’autres cultures que la sienne, en particulier, orientales. C’est donc sans-doute l’un des premiers hommes universel. Mais qui connaît Monsieur Kluge ? Au moment de la révolution russe, de nombreux citoyens de cette nation ont fui autant à l’Est qu’à l’Ouest. Kluge, lui, est parti à New York et c’est lui qui inventa le fameux « container » métallique qui est devenu le standard universel du transport maritime dans le Monde entier. Son frère Constantin s’est installé à Paris et fut pendant plus de 50 ans le peintre le plus prolifique de la capitale. Ses toiles vantant le charme de Paris, ont presque toutes été vendues aux États Unis et ont probablement participé au rayonnement de la ville lumière.
À la fin de la seconde guerre mondiale, qui ne connaît pas le cas de Von Braun, cet allemand qui est à l’origine du succès américain dans l’espace. Enfin, moins connu est le cas de ce groupe de scientifiques animé par le Russe Vladimir Syromiatnikov et qui, refusant la logique mortifère de la guerre froide, décida que dans l’espace, Russes et Américains travailleraient ensemble pour sauver l’humanité du désastre. Cette superbe lueur d’espoir est immortalisée à La Réunion depuis 2012 par ce curieux disque de béton installé par notre ami Guy Pignolet sur l’un des ronds-points du boulevard Sud : réplique du système spatial d’amarrage androgyne qui a permis de raccorder le satellite russe à l’américain. Vous avez dit « androgyne » ? Sans doute un clin d’œil à la tolérance et à l’égalité des sexes, peut-être, la future loi universelle ?
 
François-Michel Maugis – La Réunion
économiste, écrivain, philosophe



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  • Effectivement, les humains pris individuellement sont tout autre chose qu’une institution telles que la nation, la région, la tribu, voire la cellule familiale, précisément parce que ces institutions sont des "structures" et de fait, elles sont, quelque chose de plus, quelque chose d’autre que la somme des individus pris isolément. Les mettre sur le même plan qu’un individu, me semble donc absurde. Ces institutions dans les temps anciens, à l’instar de la ruche ou de la fourmilière, constituaient le but et le critère de l’information échangée entre les membres qui en étaient partie-prenantes. Il en reste quelques traces encore de nos jours dans les sociétés dites "premières" telle que les Kogis en Colombie. Dans les sociétés post-industrielles, ces institutions ne sont en fait que les garants des risques que chacun peut encourir, en organisant autant que faire se peut : une administration gérant précisément les risques (sociaux et individuels), le marché qui organise la gestion des risques et la techno-science qui étudie la rentabilité ou non de la gestion de ces risques. C’est dans ce cadre plus ou moins "apaisé", que des individus peuvent vaquer à leurs occupations, en sortant parfois du lot comme c’est le cas de ceux cités par M. Maugis. Le groupe n’est pas plus fort ou moins fort, il est une nécessité pour l’Homme, précisément parce que nous sommes l’espèce la plus tributaire de son groupe - ne l’oublions pas, il faut environ 15 ans pour faire d’un petit d’homme, un homme civilisé - et que la Liberté précisément d’un individu dans sa communauté, n’a été possible qu’avec l’avènement des sociétés complexes telle que la nôtre. Parce que la Liberté, c’est-à-dire le nombre de choix possibles, ne peut croître qu’avec le degré d’organisation. Aussi, la distinction que vous faites, d’hommes remarquables, présuppose l’éloge du type d’organisation qui les a suscités ; j’entends nos sociétés complexes et démocratiques...

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  • Cher Monsieur Apax,
    Il n’y a rien d’absurde à dire que la valeur du groupe dépend de la valeur de ses composants.
    Il n’y a rien d’absurde de dire qu’une idée nouvelle vient rarement dans deux esprits en même temps.
    J’ai trop souffert dans ma vie professionnelle de la récupération par le groupe ou par l’un de ses membres, du travail de réflexion d’un autre, pour ne pas dénoncer ce pillage assez fréquent.
    La protection par le groupe n’est pas incompatible avec la reconnaissance, non pas de l’individu, mais du travail fourni par cet individu. Le risque de cette non reconnaissance c’est le nivellement par le bas et, surtout, l’encouragement à la passivité.
    Pour une société équilibrée, il faut probablement reconnaître la valeur, à la fois du groupe protecteur, mais aussi de l’homme seul lorsqu’il apporte au groupe une dynamique qui n’aurait sans doute pas existé sans lui. Mais, ce que j’ai voulu développer dans ce papier, c’est surtout la référence au passé lointain, à notre histoire humaine qui nous a tous construit. A cette époque, l’homme a appris à vivre seul. C’est probablement cela qui nous a donné à tous cette énergie individuelle que le groupe a tout intérêt à reconnaître.

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