APE : alerte générale sur les emplois à La Réunion, résultat de l’aliénation
9 juin, parRisque d’anéantissement des emplois liés à la production de richesses à La Réunion
30 juin 2010

Le Préfet de La Réunion vient de rejeter le projet de Plan d’Elimination des Déchets Ménagers et Assimilés du Conseil général, le PDEDMA. Il conteste notamment le choix par les élus réunionnais d’un scénario qui préconise « l’enfouissement des déchets après stabilisation », écartant ainsi l’incinération. Ce projet ne serait pas conforme aux dispositions de la loi du Grenelle de l’Environnement et notamment à son article 46 dont le Préfet cite ce passage : « le traitement des déchets résiduels doit être réalisé prioritairement par la valorisation énergétique ». Comme l’expression « valorisation énergétique » désigne l’incinération, on pourrait croire, à lire le représentant de l’Etat, que l’incinération est une préconisation du Grenelle de l’Environnement. Or, l’article évoqué ne donne aucune priorité à l’incinération puisqu’il affirme très explicitement que c’est « la politique de réduction des déchets » qui est « la priorité qui prévaut sur tous les modes de traitement ». Il prescrit une stricte hiérarchie des traitements : prévention, préparation en vue du réemploi, recyclage, valorisation matière, valorisation énergétique et l’élimination. En clair, la priorité des priorités, c’est la réduction à la source, et l’incinération n’est évoquée qu’en tant qu’éventuel et ultime recours, uniquement pour les déchets qui n’auraient été ni triés, ni recyclés, ni valorisés.
Concernant l’incinération, cet article spécifie en outre que « les quantités partant en incinération ou en stockage seront globalement réduites avec pour objectif (...) une diminution de 15% d’ici 2012 ». L’argumentaire préfectoral est donc non pertinent, préconiser l’installation d’incinérateurs dans un département où il n’y en a pas contredit manifestement un texte qui prescrit de baisser de 15% la quantité de déchets à incinérer...
La Réunion ne disposant pas de matières premières, la quantité de déchets à traiter peut constituer un véritable axe de développement économique et un formidable gisement d’emplois non délocalisables. Depuis quelques années, un effort est fait pour structurer des filières locales de traitements et, malgré certaines carences, le PDEDMA, en proposant de renforcer cette structuration, pose les bases d’un développement économique endogène. Or, la technologie de l’incinération demandant de gros capitaux, le choix d’une telle filière accroîtrait au contraire le développement exogène de l’économie réunionnaise.
Outre les problèmes de santé publique, l’incinération présente l’inconvénient d’imposer des coûts très élevés aux collectivités, c’est le moyen le plus coûteux de gérer les déchets, comme le révélaient des études menées en 1985 dans le cadre du fonds Marshall, et c’est d’ailleurs pour des motifs économiques que de nombreuses villes américaines ont choisi de réorienter leur stratégie au profit d’une politique très volontariste de réduction des déchets abandonnant leurs projets d’incinérateurs.
Ces derniers, pour être rentables, doivent en effet être alimentés 24h sur 24 par un flux ininterrompu de déchets, ce qui ruine les efforts en faveur du tri, mais entrave aussi les politiques de recyclage et de valorisation. Aux USA, parallèlement au mouvement massif de rejet des incinérateurs, en quarante ans, le nombre d’emplois dans le secteur du recyclage a été multiplié par quinze. L’économie du déchet est bien une économie créatrice d’emplois, le PDEDMA, en rejetant le recours à l’incinération et en fixant des objectifs clairs autour d’axes prioritaires conformes au Grenelle de l’Environnement, choisit la voie d’un possible développement durable, encore faut-il que l’Etat ne lui oppose pas une solution qui irait à l’encontre du développement endogène préconisé par les Etats Généraux. Le PDEDMA doit certes être amélioré, mais pas dans le sens préconisé par le Préfet de La Réunion. Il doit bien au contraire rompre résolument avec la logique d’élimination des déchets au profit d’une logique de valorisation.
Jean-Pierre Marchau
Porte-parole d’ACCIDOM Réunion
Risque d’anéantissement des emplois liés à la production de richesses à La Réunion
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