L’urgence de penser la République

19 février 2007

Au fil d’une campagne électorale qui n’en finit pas de finir, nous voilà ramenés à la question secondaire du choix d’un président ou d’une présidente, qualifié communément de chef d’Etat sans que l’on fasse le moindre rapprochement avec le mot République. Comme on est loin du sens premier “res-publica”, l’affaire publique de tous, et encore plus du contenu réel de ces trois termes qui, en réalité, n’en font qu’un : liberté, égalité, fraternité, et qui continuent à rester en l’air, dans l’indifférence générale, tout juste au fronton de nos édifices publics !

Le Père Jean Cardonnel a raison quand il se dit choqué, voire scandalisé, que « dans les structures mentales et sociales des Réunionnais, comme des Français du territoire national métropolitain », la République ne soit que « postulée, présupposée, sous-entendue », pas plus, du reste, que Dieu ou « le sens ultime du monde, de l’Histoire ». (...) « On postule, on présuppose, on sous-entend cela même qu’il s’agit de prouver, de fonder, de connaître, de chercher laborieusement, passionnément pour enfin le trouver, puis toujours davantage l’approfondir ».

À la veille d’une échéance qui pourrait être décisive pour l’avenir du peuple de France, et qui ne serait pas sans incidence sur la vie des autres peuples du monde, à condition, bien entendu, de s’accompagner de transformations en profondeur, - et cela dans tous les domaines : politique pour commencer, mais aussi économique, social et culturel -, il faudrait se garder de toute solution de facilité, de toute paresse intellectuelle, qui ne feraient qu’arranger les candidats dont l’unique ambition est d’arriver au pouvoir. Et face à ceux qui se gargarisent de changement, n’oublions pas le mot de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, l’auteur du “Guépard” dont Visconti a tiré ce si beau film : « Si nous voulons que tout demeure en l’état, il faut que tout change », autrement dit : tout changer pour que rien ne change ; ou encore la réplique de Paul Claudel dans “Le Soulier de satin” : « Du nouveau encore un coup, mais qu’il soit exactement semblable à l’ancien » !

Georges Benne


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Témoignages - 82e année


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