La bataille pour la réduction du temps de travail

24 janvier 2008

Maintenant que la loi des 40 heures ne semble plus poser de problème, en France comme dans les Départements et Territoires d’Outremer, et qu’apparemment elle est entrée comme on dit dans les mœurs, il ne faut pas oublier qu’elle a été votée il y a plus de 70 ans sous le Front populaire en même temps que la semaine des congés payés. Mais il ne faut pas croire qu’elle soit passée sans aucune difficulté comme une lettre à la poste. Précédant de trois années seulement la Seconde Guerre mondiale de 1939-1945 qui avait mis l’Europe à feu et à sang, elle répondait à une immense attente et venait réparer en partie une énorme injustice.
Sa cadette des 35 heures, née avec la montée irrésistible du chômage et son cortège de pauvreté, de précarité, de misère et d’exclusion, mise en place en l’an 2000 par le gouvernement Jospin, paraît avoir quant à elle beaucoup plus de mal à s’imposer. Présentée par ses auteurs comme une mesure emblématique de la gauche, elle n’a pas été accueillie par ses bénéficiaires avec le même enthousiasme : c’est que, très vite, ils se sont vus contraints de faire le même travail, et parfois davantage, en un temps plus court ; et malgré les heures de libre, ils ont eu, pour la plupart, le sentiment de n’avoir pas gagné au change. En face, le patronat et tous les gouvernements de droite qui se sont succédé ne se sont pas privés pour la combattre sans relâche au point qu’elle est devenue la principale cible de Nicolas Sarkozy avant, pendant et après la campagne des élections présidentielles. Et à la question posée lors de sa conférence de presse du 8 janvier dernier : « Souhaitez-vous que 2008 soit la fin, au moins réelle, des 35 heures ? Il a répondu sans hésiter : « Pour dire les choses comme je pense, oui », confirmant le jugement sans appel qu’il avait formulé au cours du débat avec Ségolène Royal : « une catastrophe pour l’économie française », repris mot pour mot par son Premier ministre François Fillon récemment.
Ainsi, c’est essentiellement pour des raisons économiques bien précises que la loi Aubry a été attaquée : le Tout marché s’accommodant fort mal d’une loi qui va à l’encontre de ses propres intérêts. Là réside sa plus grande faiblesse : elle survient au moment où la mondialisation bat son plein, envahissant tout, dissolvant tout ce qui reste de liens non marchands entre les personnes, accaparant même les esprits. Martine Aubry avait vu juste quand elle déclarait pour défendre son projet : « Au fond, il n’y a que deux logiques (il faudrait ajouter : qui sont totalement inconciliables) : celle du profit (pour quelques-uns) et celle de la solidarité » (pour le plus grand nombre).
Mais de concession en concession, de compromission en compromission avec le monde de l’argent, les dirigeants de son parti ont renié un à un les principes fondateurs qu’avait défendus avec force François Mitterrand à la tribune du Congrès d’Epinay en 1971 quand il proclamait : « Celui qui n’accepte pas la rupture (...) avec l’ordre établi, (...) avec la société capitaliste, celui-là, je le dis, il ne peut pas être adhérent du Parti socialiste ! ». Lui-même, par la suite, a consacré toute son énergie pour faire adopter le Traité de Maastricht qui tourne délibérément le dos à ces mêmes principes. Il ne restait plus alors à François Hollande qu’à porter le coup décisif : « Il faut reconnaître une bonne fois pour toutes l’économie de marché et ne plus y revenir... », a-t-il lancé le 15 décembre dernier au Forum de l’innovation à la Cité de la Villette à Paris, avec cette précision qui vaut son pesant d’or : « les socialistes ont toujours agi en économie de marché et ils l’ont plutôt bien gérée chaque fois qu’ils ont eu la responsabilité du pouvoir... ils ont même fait en sorte d’élargir le champ du marché (...) notamment sous le premier septennat de François Mitterrand », et pour couronner le tout, cette appréciation définitive digne d’un grand chef d’entreprise : « l’économie de marché est (...) sans doute la plus efficace pour produire de la richesse », sans préciser de quelle manière, elle se répartit, cette richesse !

Georges Benne


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Témoignages - 82e année


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