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Le Déclic de l’humanisation
2 avril 2021, par

Nous sommes le seul des mammifères à avoir adopté de manière pérenne la bipédie. Et notre organisme se serait codifié génétiquement en fonction de la pesanteur, c’est-à-dire en fonction des forces gravitationnelles terrestres qui nous plaquent au sol. L’évolution n’avait pas prévu que des cosmonautes séjourneraient de longues périodes en état d’impesanteur (mot accepté maintenant) comme le fait remarquer fort opportunément le paléoanthropologue Daniel Eric Lieberman, (1) :
« Dans la microgravité de l’environnement spatial qui impose peu de contraintes au squelette, les astronautes perdent de l’os à une cadence rapide et rentrent d’une longue mission avec des os dangereusement affaiblis. Une fois qu’ils ont atterri, il faut souvent les porter pour empêcher les os de leurs jambes de se briser en marchant. La sélection naturelle n’a manifestement pas adapté les humains pour qu’ils vivent dans l’espace… », page 368, [1].
Notre organisme en émergeant « d’une soupe originelle » voici trois milliards cinq cent millions d’année « par hasard et nécessité » se serait différencié jusqu’aux mammifères, ce que nous sommes. Le « déclic » serait que nous, humains, expérimentions la bipédie. On lira avec émotion l’argumentaire plus que plausible du paléoanthropologue Lieberman pour comprendre ce qui nous différencia des grands singes. Ce faisant cet auteur, indirectement, sans connaître les travaux du Professeur Henri Laborit (ses références ne figurent pas dans sa bibliographie, sauf omission de ma part), ce grand chercheur, récompensé d’un Nobel, donne indirectement raison au Professeur Henri Laborit concernant l’inhibition de l’action, lorsque inlassablement celui-ci disait : « Le cerveau était fait d’abord pour agir ». Les cosmonautes vivent une expérience de confinement, et donc d’inhibition de l’action que nous sommes capables, par ces temps de pandémies, de reconnaître…
Les septiques rétorqueront que la désorganisation du corps se fait en état d’impesanteur et que cette causalité n’est nullement transposable aux préjudices sanitaires engendrés par l’inhibition de l’action telle que Laborit l’expose dans ses travaux.
Avant de citer une jeune chercheuse (doctorante), Camille Guillermin, qui devrait apporter - voir plus bas - une réponse sans doute définitive, rappelons avec l’expérience de Drachmann relatée par Jean-Pierre Changeux ou Nicole Le Douarin qu’avec la curarisation des muscles, l’on constate l’atrophie de commandes motrices cérébrales correspondantes jusqu’à interrompre une embryogénèse chez le poulet. La déduction logique en biologie du développement, et de nos jours scientifiquement admise, fut de considérer que les muscles avaient besoin des nerfs et que les nerfs avaient besoin des muscles. (Déjà F. Paulus en 1987).
Cette généralité n’est visiblement pas suffisante pour Camille Guillemin (récompensée par le prix « Impulsion » de la Société Française de Myologie en 2019). Elle cherche à élucider le phénomène de reconnaissance entre les motoneurones et les muscles et leur régénérescence [2]. Elle nous donne la réponse qui pouvait être déduite des travaux de Laborit sur l’inhibition de l’action, et donc les inhibitions massives des motoneurones en état d’impesanteur provoquées rapidement et spectaculairement avec les cosmonautes en état d’impesanteur.
La découverte est tellement évidente qu’un esprit engourdi risquerait de ne pas imaginer les conséquences d’une telle logique intime entre nerfs et muscles. Nous avions déjà fait remarquer qu’intuitivement la culture réunionnaise - qui a enduré une période contraignant certains à mettre genoux à terre aux temps de l’esclavage – a forgé une expression codifiée culturellement évoquant un vitalisme évident, en ces termes : « Quand mi tombe mi lève » [3].
Frédéric Paulus, CEVE (Centre d’études du Vivant Europe)
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