La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
2 mai 2020, par

Nous savons que la planète est affectée par de nombreuses crises écologiques mais, pour autant, aucune mesure politique n’est prise pour les endiguer. Pour tenter de résoudre ce problème, Pablo Servigne a écrit avec le chercheur indépendant en prospective Raphaël Stevens un livre-manifeste, « Comment tout peut s’effondrer » (Seuil, 2015), dans lequel ils ont introduit le mot « collapsologie ». Les auteurs y définissent un nouvel objet de recherche, l’effondrement, situé au croisement de disciplines différentes. Ils ont publié une suite, avec l’agronome et biologiste Gauthier Chapelle, « Une autre fin du monde est possible. Vivre l’effondrement (et pas seulement y survivre) » (Seuil 2018).
Autour de ces chercheurs gravitent quelques personnes, dont le géographe Renaud Duterme, auteur du livre « De quoi l’effondrement est-il le nom ? » (Utopia, 2016). L’Institut Momentum participe de la même réflexion. Tous puisent au même corpus : l’œuvre de Ivan Illich, les analyses de Jacques Ellul, les travaux de Nicolas Georgescu-Roegen, le rapport Meadows, rédigé par des chercheurs du MIT pour le Club de Rome (1972), qui analyse le scenario World 3, celui que nous poursuivons actuellement, mais aussi le rapport de la Bundeswehr (2010), le rapport Rocard, Bourg et Augagneur (2011), le rapport Paul et Anne Ehrlich (2013) et le 5e rapport du GIEC (2014). Belles références, tout de même.
Les collapsologues diagnostiquent un ensemble de crises systémiques interconnectées et globales (environnementale, énergétique, climatique, géopolitique, économique et financière, sociale, culturelle, politique, démocratique…) qui mèneront, au plus tôt en 2030, à l’effondrement de la civilisation mondiale thermo-industrielle et capitaliste. De fait, avec une empreinte écologique croissant de façon exponentielle, l’humanité connaît une « grande accélération » qui bouleverse tous les cycles biogéochimiques du « système Terre » : réchauffement global à cause de l’émission des gaz à effet de serre, extinction de la biodiversité, montée du niveau des mers, accroissement des catastrophes naturelles… On reconnaît les éléments du débat sur l’Anthropocène qui mobilise géologues et biologistes depuis l’an 2000, soit le fait que les activités humaines ont un impact si significatif et généralisé sur la planète qu’elles ont créé une nouvelle ère géologique.
Mais les collapsologues ne se limitent pas à l’Anthropocène : ils cherchent à lister les facteurs « annonciateurs ». D’abord, les ressources naturelles. Alors que la consommation énergétique augmente sans cesse, le pétrole va bientôt manquer, tout comme les autres denrées disponibles (minerais, eau potable…), ce qui nous mènera à un « pic de tout (peak all) ». Les autres facteurs sont hétéroclites : l’augmentation de la population mondiale, les bulles financières et l’économie devenant folle, mais aussi l’accélération du temps social, ou encore, selon Duterme, les guerres de civilisation, les migrations climatiques… On peut y ajouter, et l’actualité nous y invite, les maladies émergentes.
Enfin, ils étudient notre effondrement au prisme de celui des civilisations passées, estimant qu’au-delà d’un certain degré de complexité, ou si elles gèrent mal les ressources écologiques, les sociétés s’effondrent d’elles-mêmes. Des alternatives ? Face à la catastrophe à venir, il conviendrait de se « débrancher » du système industriel : renoncer à l’avance aux produits de grande distribution avant d’être obligés de vivre une pénurie, pour se brancher sur de petits systèmes autonomes « low-tech » et décroissants.
Difficile de situer la collapsologie : un discours réactionnaire remontant aux élites industrielles du XIXe siècle ? Le survivalisme faisant un pont entre la gauche et l’extrême droite ? Cette discipline pose questions. Lorsque Pablo Servigne explique qu’il vaut mieux « croire à l’effondrement », avoir la « certitude » de la catastrophe plutôt que d’en supposer la possibilité, afin de mieux pouvoir la prévenir, n’est-ce pas pur sophisme ? Et ne joue-t-il pas au prophète en surfant sur le récit catastrophiste, qui concurrence désormais, dans l’imaginaire occidental, le mythologique Progrès ?
Pour Pablo Servigne, « le collapse est évident si on a cette culture scientifique ». Justement, on pourrait lui reprocher de trop s’inspirer de travaux d’universitaires, comme Joseph Tainter, pour qui une société trop complexe sur le plan administratif s’autodétruit automatiquement, et d’ignorer l’état de la recherche sociologique, qui ne fonctionne pas sur le même modèle épistémologique.
Une référence est Jared Diamond, auteur de « Effondrement » (2005). Selon Diamond, les Vikings, les Mayas et les habitants de l’Île de Pâques ont vu leur société s’effondrer à cause d’une surexploitation de leur environnement (en fait 5 facteurs sont intriqués). Cette thèse environnementale a été réfutée par certains archéologues et anthropologues.
En même temps qu’un domaine d’expertise, la collapsologie semble donc être un courant d’écologie radicale (à la racine) et une stratégie visant à sensibiliser le public en dramatisant les faits concernant l’Anthropocène. Mais ce n’est en aucun cas une croyance apocalyptique.
Bruno Bourgeon, porte-parole d’AID
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D’après Alternatives Économiques du 7 février 2019
Rapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
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